Charleroi veut développer un réseau de chaleur pour 50% de la population et se passer d'énergies fossiles d'ici 2050

L'échevin de l'Energie et de la Transition écologique à Charleroi, Xavier Desgain (Ecolo) a convié la presse ce jeudi à la Maison de la Presse de la rue Tumelaire pour une annonce de taille: "la révolution énergétique de Charleroi".

Charleroi veut développer un réseau de chaleur pour 50% de la population et se passer d'énergies fossiles d'ici 2050
©van Kasteel / D.R. / SH

"La révolution énergétique de Charleroi". Le titre n'est pas usurpé : une note proposée par l'échevin a été approuvée par le collège, et elle se fixe des objectifs plus qu'ambitieux à court, moyen et long terme pour la transition énergétique.

Le point principal est le développement d'un réseau de chaleur sur le territoire de Charleroi, qui pourrait à terme fournir du chauffage en hiver et de l'air frais en été à près de 50% de la population carolo. Concrètement, il s'agit d'enterrer des tuyaux, isolés, qui relieront les bâtiments et les maisons entre elles et aux unités de production de chaleur. Ces travaux ont déjà commencé à la ville haute, avec Charleroi DC : une ligne à 3 millions d'euros reliera l'Eden, le PBA, l'UCampus, l'Hôtel de Ville et la Basilique Saint-Christophe.

Charleroi veut développer un réseau de chaleur pour 50% de la population et se passer d'énergies fossiles d'ici 2050
©La boucle en cours de création sur la ville haute - D.R.

"Quand la technologie sera prête et qu'un opérateur aura été désigné pour gérer ce nouveau réseau, les particuliers pourront s'y connecter également. Cette boucle sur la ville haute sera la première, mais on songe déjà à en développer une autre sur la halte nautique et le Left Side Business Park, la nouvelle tour de la FGTB a d'ailleurs prévu les connexions possibles au réseau. D'autres boucles locales sont prévues, notamment sur les nouveaux quartiers des Hiercheuses et du Sacré-Français", expliquent l'échevin et son conseiller énergie Julien Lechat, qui a bossé sur le dossier.

Une fois plusieurs "boucles" de ce réseau de chaleur créées, il sera temps de les interconnecter et d'étendre le réseau à d'autres zones: tout quartier présentant une population d'au moins 1.500 habitants par kilomètre carré pourrait être connecté à terme.

Charleroi veut développer un réseau de chaleur pour 50% de la population et se passer d'énergies fossiles d'ici 2050
©Les quartiers les plus peuplés - D.R.

Pour s'approvisionner en chaleur, le réseau devrait au début être lancé en "traditionnel": avec des chaudières existantes au gaz ou des cogénérations gaz/électricité, l'Hélios fournit par exemple un surplus de chaleur en été qu'il serait apparemment intéressant d'exploiter. La composante "intelligente" du réseau sera développée au fil des années et des avancées technologiques.

D'abord, pour la transition vers le "zéro carbone", l'exploitation du gaz de mine (le "grisou") devrait permettre d'apporter de la chaleur au réseau, un moteur comme celui qui est exploité à Anderlues permettrait de fournir du chauffage à 900 ménages, et on peut prévoir 2 à 3 moteurs par site d'exploitation de gaz, avec trois sites potentiels qui ont été identifiés pour l'instant.

Ensuite, pour le côté renouvelable, il est ici question de récupérer la chaleur produite par les industries, notamment du métal, qui déchargent pour l'instant leur chaleur dans l'air. L'autre option est la valorisation de la biomasse locale, cultivée sur les terrils (comme au Martinet), des déchets verts des entreprises de parcs et jardins, ou des chutes de bois de menuiseries. La biométhanisation des déchets ménagers et des vapeurs des stations d'épuration sont une troisième piste. La dernière possibilité est l'hydrogène, une nouvelle énergie étudiée par Engie, Alstom et A6K-E6K.

Mais la source principale d'énergie pour le réseau de chaleur pourrait bien être la terre elle-même, à terme : "il y a un énorme potentiel de géothermie minière sur Charleroi", détaille Julien Lechat. "les galeries de mines qui sont aujourd'hui remplies d'eau permettent d'aller puiser de l'eau froide en surface, tiède en moyenne profondeur et chaude profondément. C'est un processus déjà utilisé au Pays-Bas où un projet pilote a démontré la faisabilité de la chose. Notre chance, à Charleroi, c'est que le gros du potentiel géothermique se trouve au niveau du coeur de ville, où il y a donc le plus de maisons et de bâtiments publics à alimenter. On parle d'un potentiel de 500 gigawatts-heure sous nos pieds, l'équivalent de 20 incinérateurs comme celui de Tibi à Pont-de-Loup."

Charleroi veut développer un réseau de chaleur pour 50% de la population et se passer d'énergies fossiles d'ici 2050
©Le potentiel géothermique de Charleroi - Dupont-Kaufmann

Niveau calendrier, peu de choses sont annoncées à ce stade: la boucle de chaleur sur la ville haute sera prête pour fin 2023 si tout va bien. Déjà pour l'année prochaine, Charleroi veut désigner un opérateur pour gérer le réseau, les connexions, l'entretien et les prospections pour l'étendre. Le guide communal d'urbanisme devrait d'ici là prévoir des directives pour les raccordements des nouvelles constructions ou des rénovations profondes du bâti. D'ici 5 à 15 ans, le réseau devrait être plus étendu et apporter chaud/froid dans de nombreux bâtiments et maisons de Charleroi, la Région wallonne va lancer une étude spécifiquement sur Charleroi d'ici peu pendant qu'Igretec et la Ville étudient la possibilité de se porter candidats pour devenir "ville pilote". D'ici 2050, les sources non-renouvelables seront supprimées pour être au "zéro carbone".

"On a une responsabilité historique dans le réchauffement climatique à Charleroi, avec notre passé industriel et minier", souligne Xavier Desgain. "Il aura fallu deux générations pour se dire que le charbon, c'est fini. Il en faudra probablement une de plus pour que le renouvelable prenne le pas. Avec l'avantage que ça crée des emplois locaux, non-délocalisables, autant pour les diplômés au niveau technologiques que les non-diplômés pour la gestion quotidienne, le tout à un prix moindre puisque non-soumis aux variations de prix des énergies fossiles."