L'hôpital Ambroise Paré impose un certificat covidsafe: "Ce n'est pas autorisé", indique Di Rupo

La mesure ne fait pas l'unanimité.

E. Brl. avec BELGA

Depuis ce mercredi, il faut montrer patte blanche avant de franchir les portes du CHU Ambroise Paré dans le cadre de visites à un proche hospitalisé. En effet, tous les visiteurs âgés d’au moins 12 ans doivent désormais présenter aux agents de sécurité un certificat de vaccination complète, un certificat de rétablissement ou un certificat de testing qui atteste d’un résultat négatif. Autant écrire que la mesure divise, certains la saluant, d’autres la critiquant vivement.

Dans la région, le CHU Ambroise Paré est le seul à avoir pris de telles dispositions. "Deux choses ont motivé notre décision", confirme France Brohée, en charge de la communication. "La première, c'est que l'on constate une recrudescence des cas covid. Depuis le mois de juin, nous n'avions plus de cas. En quatre jours, nous sommes remontés à 9, dont trois patients aux soins intensifs. Nous avons la désagréable sensation de revivre la situation de l'an dernier."

En 2020 en effet, la saison estivale avait permis aux hôpitaux de se vider quelque peu. En septembre, ils s'étaient à nouveau remplis et un nouveau confinement avait été déclaré. "Nous disposons aujourd'hui de la vaccination et espérons donc que cela suffira mais il faut rester prudent. La configuration est similaire et il est de notre devoir de protéger nos patients hospitalisés, qui sont par définition plus fragiles."

Et de poursuivre : "la deuxième, c'est que nous nous sommes rangés du côté de la majorité. Les visites ont toujours été soumises à des restrictions strictes – trois visites par semaine, d'une heure maximum, de deux personnes différentes sur la semaine – et certains proches ne comprennent pas pourquoi, en étant vaccinés tout comme le patient, ils ne peuvent pas profiter de mesures assouplies. La majorité de la population adulte belge étant vaccinée, nous avons décidé de répondre à cette demande."

Et donc d'assouplir les conditions de visites, moyennant un certificat covidsafe. Aujourd'hui, les visiteurs peuvent se rendre à l'hôpital chaque jour entre 17 heures et 19 heures, à un maximum de deux personnes à la fois. "Nous comprenons que la présentation d'un covidsafe entraine de la colère ou de la frustration chez certains mais cela nous permet de rompre l'isolement de certains patients tout en prenant un minimum de risques."

Pas question, pour le personnel soignant, de revivre la situation de l'an dernier. "Tout le monde aspire à retrouver une vie normale et à rouvrir totalement l'hôpital, sans contraintes. Mais la situation reste délicate. Quoi que l'on décide, il y aura du mécontentement." La mesure n'est bien sûr pas illégale, bien qu'elle ne soit pas officiellement décidée au niveau du gouvernement à ce stade.

"Dans le cadre du plan d'urgence hospitalier, chaque hôpital dispose d'une marge de manœuvres et peut donc prendre les mesures jugées nécessaires pour enrayer la pandémie et protéger les patients. Si nous recevions un avis contraire, nous nous plierions évidemment aux règles imposées. Mais notre décision n'a rien d'illégale." Les documents seront contrôlés par les agents de sécurité dès l'entrée dans l'hôpital.

Insistons sur le fait que cette mesure ne concerne que les visiteurs. Les personnes qui viennent en consultation ne sont donc pas concernées.

Quid du personnel soignant ?

La mesure divise et suscite son lot de réaction, depuis ce mardi soir. Certains s’interrogent notamment de la situation vaccinale du personnel hospitalier et craignent un "deux poids, deux mesures."

Du côté du CHU Ambroise Paré, on tempère. "La vaccination n'est pas obligatoire, elle ne l'est pas non plus pour les visiteurs. Ceux-ci ont la possibilité de présenter un test PCR négatif ou un certificat de rétablissement", tempère France Brohée, chargée de communication. "Par ailleurs, le personnel hospitalier est formé à l'hygiène hospitalière, il respecte des précautions et les protocoles de sécurité. C'est une différence importante !"

Et d'ajouter : "Les proches peuvent plus facilement faire fi des mesures sanitaires en revoyant leur proche, pour qui ils se sont peut-être inquiétés. On a plus facilement tendance à oublier les gestes barrières en présence de gens que l'on aime afin de les prendre dans nos bras, par exemple. Ce n'est pas le cas du personnel hospitalier, qui respecte les distances et toutes les autres mesures."

Le covid safe ticket demandé par un hôpital montois "n'est pas autorisé", indiqueElio Di Rupo

Le Covid Safe Ticket exigé par l'hôpital montois Ambroise Paré à ses visiteurs "n'est pas autorisé", a indiqué le ministre-président wallon, Elio Di Rupo, mercredi, lors des questions urgentes qui ouvrent la séance plénière du parlement régional. "Il ne serait possible d'utiliser ce covid safe ticket que si le gouvernement wallon en décidait" et ce n'est actuellement pas le cas, a-t-il expliqué aux députés qui l'interrogeaient sur le sujet.

Pour autant, l'idée pourrait faire son chemin au-delà de Bruxelles. "Voulons-nous éradiquer le virus? Si l'on ne parvient pas à vacciner 95% des plus de 12 ans, le virus continuera à circuler. Nous serons alors face à nos responsabilités et nos consciences", a ainsi souligné le ministre-président régiona selon qui "le gouvernement prendra attitude en temps voulu".

"Vouloir éradiquer le virus, scientifiquement, ça ne tient plus la route" alors que de nombreux scientifiques estiment que le covid pourrait devenir endémique, lui a de son côté répondu le député Ecolo Laurent Heyvaert. "Cet objectif d'éradiquer le virus en vaccinant 95% des plus de 12 ans, on passera à côté", a-t-il ajouté.