Ce jeudi se tient au tribunal de la jeunesse de Charleroi la première audience dans le dossier du suicide de la jeune Maëlle. Pour rappel, cette adolescente de 14 ans s'était ôté la vie il y a un an, après avoir subi le harcèlement scolaire et que des images d'elle dénudée aient circulé sur les réseaux sociaux.

C'est aujourd'hui une jeune femme, mineure, qui comparaît pour divulgation et diffusion de vidéos à caractère pédopornographique. Ils sont trois jeunes à être poursuivis pour ces préventions, avec pour certains des charges de harcèlement qui s'ajoutent au reste. Un quatrième mineur pourrait également être inquiété, mais aucune audience ne semble encore prévue, nous signale-t-on.

Me Aurélie Henin représente la mineure qui comparaît aujourd'hui, et Me Laura Charlier ses parents. L'école Saint-Joseph Notre-Dame de Jumet, où était scolarisée Maëlle avant le drame, est également représentée par un avocat et se porte partie civile, mais ne fait "aucun commentaire".

Me Pierre Huet, l'avocat d'Emmanuel Montana, le père de Maëlle qui s'est constitué partie civile, s'est exprimé pour son client avant d'entrer dans la salle d'audience. "C'est un soulagement mais aussi une grande tristesse pour lui. Il y a notamment des choses qu'on ne veut pas voir, mais qu'il faut bien voir dans les dossier", dit-il, entouré d'un parterre de journalistes, dans un des couloirs du Palais de Justice de Charleroi. "Dans un dossier, il y a notamment une vidéo testament que Maëlle a faite juste avant de poser cet acte définitif, dans laquelle elle explique la raison pour laquelle la vie est devenue totalement impossible. Elle demande d'ailleurs de partager cette vidéo, et on va en parler, mais c'est déjà très exemplatif du harcèlement dont elle a été victime pendant plus d'un an, dans deux établissements scolaires différents, et qu'elle n'a pas pu surmonter."

Le père, lui, ne fait aucun commentaire et laisse la parole à son avocat. La situation est, on le comprend, difficile.

Avec ces audiences, et le jugement à terme, ce que le père de Maëlle veut faire passer comme message, c'est que "les réseaux ont des avantages et des inconvénients énormes, notamment dans le milieu scolaire et dans les échanges entre adolescents", témoigne cependant Me Huet. "Les photos et vidéos qui sont échangées sont violentes, et il faut qu'on puisse contrôler cela, il faut qu'il y ait une façon pour les enfants de dire leurs drames plutôt que se refermer." Pour son client, il estime que la procédure doit servir d'exemple, que ça ne reste pas impuni. "Nous l'espérons. Le "plus jamais ça" est encore plus vrai aujourd'hui qu'hier. Il faut que cette effroyable affaire serve d'exemple, pour que ça n'arrive plus. Que l'école se porte partie civile, c'était important : il faut que l'école ait conscience de son rôle, qu'elle sache ce qui se passe dans ses murs. A l'audience, aujourd'hui, c'est une personne mineure, donc on va voir ce qu'elle va dire, mais ce qui est sûr c'est qu'on se rend plus facilement compte du drame une fois qu'il s'est joué. Souvent, les jeunes ne sont pas conscients de la gravité des images qu'ils partagent et des gestes qu'ils portent."

L'avocat et le père sont alors entrés dans la salle d'audience, qui se déroule à huis clos.