La Cité du Gille était anormalement calme pour un Mardi Gras, mais tout de même plus animée que n'importe quel jour de la semaine. Malgré l'annulation des festivités, bon nombre de Binchois ont voulu prendre l'air aujourd'hui, un pincement au cœur. L'occasion d'échanger quelques mots avec des proches croisés au détour d'une rue. L'occasion aussi de découvrir les représentations des acteurs du carnaval que la Ville de Binche a symboliquement disséminées.

"La Ville a installé des figurines grandeur nature pour illustrer le carnaval. On peut voir l'émotion palpable de tous les amoureux du folklore", indique le bourgmestre Laurent Devin. "C'est un Mardi Gras qu'on espère ne plus revivre, mais grâce à tous ces symboles, c'est une partie de nous-mêmes qui est représentée. Les gens déambulent de figurine en figurine avec l'espoir de se retrouver l'année prochaine avec la ferveur habituelle. C'est en quelque sorte un pèlerinage folklorique."

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Isabelle et Audrey sont venues comme beaucoup d'autres découvrir les figurines des acteurs du carnaval. "C'est un vague à l'âme que nous ressentons aujourd'hui. Nous n'avions rien prévu de particulier, mais nous avons appris qu'il y avait des décorations et nous sommes venues voir. C'est bien que la Ville ait pensé à faire ça. Mais le carnaval nous manque tout de même. À cette heure-ci, on devrait faire la fête."

Noël, lui, aurait dû battre le pavé avec les Indépendants. Sans son habit de lumière, il s'est tout de même rendu devant l'Hôtel de Ville ce mardi matin. "C'est une journée très difficile pour tout le monde. On s'en rend compte rien qu'à avoir l'affluence des gens qui essaient tout de même de recueillir quelque chose de symbolique aujourd'hui. En plus, le temps est de la partie. J'aurais dû me lever très tôt ce matin, le départ avec les amis, le petit-déjeuner aux huitres et puis tout le reste. Je n'ai jamais connu ça en 48 ans de Gille."

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Personne n'a jamais connu ça à Binche. La dernière fois que le carnaval a dû être annulé, c'était pendant la guerre. Mais la situation était différente. "Pendant la guerre, le carnaval n'avait pas pu avoir lieu, mais pas mal de monde s'était rassemblé tout de même pour boire un verre ou jouer du tambour. Les cafés étaient ouverts. Et dans les camps en Allemagne, des Binchois avaient pu se déguiser et faire le Gille. Certains s'étaient fait livrer des éléments de costume, d'autres les avaient fabriqués. Cette fois, c'est encore différent", rappelle Béatrice.

Mais pour lui remonter le moral, la Binchoise peut compter sur la visite de ses amis de Stavelot. "Nous venons chez nos amis Binchois chaque année depuis 1995 pour le Mardi Gras et eux viennent pour le carnaval de Stavelot. Malgré l'annulation, nous avons voulu être présents cette année pour les soutenir. Le carnaval de Binche a pu se tenir in extremis l'an dernier. À Stavelot, nous avons dû l'annuler deux semaines avant le grand jour, alors tout était prêt. Ce sont des moments difficiles, on espère qu'il en sera autrement l'an prochain."

L'espoir fait vivre et il fait porter le regard des Binchois vers 2022 déjà. D'ailleurs, après avoir remis une plaquette symbolique aux louageurs qui bénéficieront d'une cagnotte spéciale, le président de l'ADF a conclu son petit discours par un "Bon carnaval 2022" qui dit tout de l'ambiance qui régnait à Binche ce Mardi Gras.

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