Hainaut Désorganisation complète en séance. Le budget adopté aux forceps.


Au conseil communal de Charleroi, l’opposition avait promis l’enfer. Elle a tenu parole.

Ainsi, la séance de ce lundi a été particulièrement douloureuse, avec des incidents de séance à répétition. Et un manque évident de préparation dans le chef de l’administration qui doit se ressaisir.

C’est face à un bourgmestre littéralement halluciné après avoir procédé à un comptage de présences puis de voix (NdlR : pour s’assurer que la majorité des 2/3 était réunie de toute justesse) que les élus ont ouvert le débat sur le vote du budget du CPAS en urgence.

Un budget dont les mandataires n’ont pris connaissance au mieux que quelques heures avant l’ouverture de la séance, au pis pendant.

Les uns après les autres, Nicolas Tzanetatos (MR), Sofie Merckx (PTB) et Jean-Noël Gillard (Défi) ont déploré cette façon de faire indécente et indigne du statut de la métropole.

Présentation improvisée par la directrice du budget, le président temporaire du CPAS ne disposant pas de suffisamment d’indications pour le faire : la Ville a touché le fond.

Sans compter le fait que ce budget sort des balises du plan de gestion, au mépris des rappels à l’ordre répétés du Centre régional d’aides aux communes.

Rebelote avec le budget de la Régie communale autonome, qui gère le stationnement payant.

Le PTB a parlé de "racket des travailleurs", la nouvelle majorité a concédé une prolongation du tarif réduit des abonnements à 60 % du prix plein, jusqu’en 2021 au lieu de 2019.

S’il s’est fait "allumer" pour l’extension de la zone payante, le nouvel échevin Ecolo Xavier Desgain qui vient de reprendre la compétence a promis d’organiser un conseil thématique sur la mobilité.

Enfin, le budget communal a été adopté aux forceps. Pour préserver un équilibre de plus en plus précaire, il a fallu avoir recours à une opération déjà pratiquée dans le passé : une réduction des taux de la cotisation patronale de pensions, en passant de 34 à 21 %, avec un impact positif de 5,5 millions.

Mais de telles mesures ont leur limite. Il fallait une approbation de ce budget technique pour ne pas tomber dans le régime contraignant des douzièmes provisoires.

"Une modification viendra ultérieurement donner les nouvelles impulsions politiques", ont insisté les chefs de file de la majorité.

C’est au terme d’un long chassé-croisé d’arguments que la tripartite a adopté le budget, contre l’opposition PTB-MR (abstention de Défi).

Le projet de ville a été adopté par une majorité élargie à Défi.


Réactions:

Jean-Philippe Preumont, PS

Si le budget 2019 n’est pas encore marqué de l’empreinte de la nouvelle équipe au pouvoir, le chef de groupe PS Jean-Philippe Preumont se réjouit de la poursuite des politiques et projets initiés par l’équipe sortante, comme la mise en place d’une nouvelle cité administrative, la gratuité des garderies scolaires ou les revalorisations salariales issues du pacte social du printemps 2017. La confection du budget ne fait que confirmer une tendance déjà marquée en 2018 : comme toutes les grandes villes, Charleroi est dans une situation difficile. Elle ne peut renouer avec l’équilibre qu’au prix de mesures temporaires one shot, combinées à des aides régionales. Il l’a répété : pour le PS, un refinancement des grandes villes est indispensable sous la prochaine mandature, la nouvelle majorité régionale qui sortira des urnes en mai devra en tenir compte. Le déficit structurel s’accentue, deux chiffres en donnent la mesure : si les dépenses progressent de 2,57 %, les recettes n’augmentent que de 1,37 %.


Nicolas Tzanetatos, MR

Braquage intellectuel, financier et politique : ce n’est rien d’autre qu’à la saison 2 de Casa de Popol que la nouvelle majorité PS-C +-Ecolo invite les Carolos à assister. Le chef de groupe d’opposition MR Nicolas Tzanetatos s’est montré à nouveau incisif sur un projet de ville qui ressemble à une gestion par procuration des missions communales. Car Charleroi les délègue toutes à des entités satellites : la propreté à l’intercommunale Tibi, le logement à la Sambrienne, la cohésion sociale au CPAS, sans parler d’Igretec et de l’ISPPC qui se voient transférer certaines compétences. Bref, le MR se demande à quoi sert l’argent des contribuables. Pourtant, il constate que la dotation au fonds des communes augmente de 3 millions, et les revenus de la fiscalité de 4. Tzanetatos pointe "la gestion calamiteuse du CPAS, malgré des rappels à l’ordre de la tutelle wallonne". Enfin, il déplore que "la sécurité n’occupe pas une ligne du projet de ville où l’on n’évoque que furtivement les caméras de surveillance…"


Jean-Noël Gillard, Défi

Pour le chef de file de Défi Charleroi, "le projet de ville de la majorité manque de clarté et d’ambitions échelonnées dans le temps. Cela ressemble à un catalogue d’intentions pour lesquelles il n’y a pas d’échéance". Jean-Noël Gillard revendique une feuille d’objectifs, avec des indications budgétaires et des échéances. Dans le budget présenté ce lundi, il pointe diverses incohérences. Notamment le fait que le commerce rapporte 11,8 millions de recettes en ne générant que 5,2 millions de dépenses. "Cela donne l’impression que la tripartite veut en faire une vache à lait plus qu’un pilier de redressement urbain et d’amélioration de la qualité de vie." Autre critique : "Le budget de la zone de police ne traduit pas la volonté de renforcer la sécurité dans les quartiers. Au contraire, nous constatons que pour 12 échecs au recrutement, il y a 19 départs à la pension, ce qui continue à creuser le déficit de personnel. Le renforcement de l’attractivité de notre zone doit être mis aux urgences."


Mohamed Fekrioui, C +

En partenaire loyal de la majorité, le groupe C + a apporté sa totale adhésion au budget présenté ce lundi au conseil communal. "Nous savons que l’élaboration d’un budget n’est pas une tâche facile en raison des contraintes habituelles, notamment de délais", a indiqué le chef de groupe C + Mohamed Fekrioui. "Mais ce budget technique vise à assurer la transition d’une mandature à l’autre. Sa préparation est essentielle pour permettre à notre ville de fonctionner correctement dès le début 2019. Des modifications y seront ultérieurement apportées, au travers d’un plan pluriannuel d’investissements reprenant les projets portés par notre groupe, mais aussi à l’ordinaire pour concrétiser des objectifs ambitieux mais réalistes en termes de participation citoyenne, d’inclusion et de développement de l’espace public." Pour Mohamed Fekrioui, c’est cette ambition que les membres du groupe C + s’engagent à porter de toutes leurs forces avec leurs partenaires politiques au cours des six années à venir.


Sofie Merckx, PTB

Pour le PTB, c’est sur le dos du personnel que la nouvelle tripartite carolo réalise le plus gros de ses économies. L’austérité domine largement le budget, analyse Sofie Merckx. À une exception près : les cabinets politiques des membres du collège voient leur coût augmenter. De 2 millions en 2012, on passe à 2,6 millions. Tandis que les dépenses salariales de la Ville se réduisent encore un petit peu en pourcentage : elles sont passées sur la même période de 45 à 36 % du total ! Au passage, la cheffe de groupe PTB observe que "les revenus du personnel n’ont pas été indexés, ce qui fausse le calcul. Dans le même temps, la facture des privatisations grimpe : pour le nettoyage des espaces verts et l’élagage dans les cimetières par exemple, Charleroi a prévu une majoration de 0,5 million par rapport à l’an passé. Soit carrément le double de 2017 ! Bref, la Ville sous-traite de plus en plus ses missions. Elle s’appauvrit." Côté recettes, Sofie Merckx note que "les recettes de parking continuent à augmenter".


Steve Maloteau, PP

Lors du débat sur le vote du budget, c’est sur le plan sécuritaire que le conseiller communal du Parti populaire (PP) Steve Maloteau a concentré son intervention. En gros, il a reproché à la Ville de ne pas en faire assez pour renforcer sa police. Une situation dont la majorité communale n’est pas responsable, puisqu’elle découle des modes de financement et de recrutement organisés à d’autres niveaux. Quant au projet de salle de consommation à moindre risque pour toxicomanes, le PP n’en veut pas.