On le sait depuis des années, et c’est encore confirmé par les derniers chiffres de l’institut Vias : les 24 km les plus mortels de Belgique sont à une des entrées de Charleroi, sur l’A54 Nivelles-Charleroi. Et plus particulièrement dans les 3 km de descente entre Gosselies et Charleroi, sinueux, sur deux bandes seulement, et comportant de nombreuses entrées et sorties. Les tristes palmes du "plus grand nombre de décès par 100 km d’autoroute" et du "plus grand nombre de décès par 1 000 accidents" sont toutes les deux détenues par notre A54, avec 15 morts entre 2014 et 2018. C’est deux fois plus que la moyenne belge : 3,1 % des accidents mortels sur autoroute en Belgique ont eu lieu sur ce tronçon, alors qu’il ne représente qu’1,4 % du total des ces routes.

Trouver des solutions

Le constat est là. Quelles sont les solutions, outre le fait que les gens fassent attention derrière leur volant, pour éviter d’aller se tuer, ou tuer quelqu’un qui n’avait rien demandé ? Un radar serait une possibilité, en plus de celui présent dans la courbe de Jumet. On sait que les radars réduisent considérablement les risques d’accidents, "et l’autoroute dispose déjà d’un portique où un radar pourrait être installé", note Benoît Godart de Vias.

Alors pourquoi cela n’est-il pas fait ? Le ministre Carlo Di Antonio (CDH) a annoncé au début de l’été plein de nouveaux radars mais aucun à cet endroit.

Des radars tronçons supplémentaires

On a posé la question au SPW. "Il y a 30 radars tronçons qui seront placés d’ici la fin de l’année, mais aucun sur autoroute, nous répond-on au Service public. Parce que ça dépend aussi de la police fédérale, nous on paye les boîtiers, et eux les cinémomètres. Il faudrait demander à la police fédérale ce qu’elle compte mettre en place." On a aussi posé la question au ministre. "On a préparé un courrier pour interpeller la police fédérale et le ministre Pieter de Krem pour débloquer la situation, entamer une discussion en tout cas pour cette A54, parce qu’a priori ça relève du fédéral d’installer des radars sur les autoroutes, même si ça se fait en collaboration avec les polices locales et la Région wallonne, répond le cabinet Di Antonio. Ici, il y a un peu d’inaction, et on aimerait que ça bouge un peu plus." Du coup, on a aussi voulu interroger la police fédérale. C’était il y a sept jours, et on n’a reçu aucune réponse à l’heure d’écrire ces lignes.

Une question d’argent

D’après les informations qu’on a eues, ça semble donc être une "simple" question d’argent. Du coup - et peu importe à qui incombe la responsabilité, finalement - que ce soit la Région ou le fédéral, on parle d’argent public. Alors pourquoi pinauder, pendant que des familles perdent des enfants, des parents et des amis ? Un cinémomètre, aux dernières nouvelles, c’est 40 000 euros. C’est combien un mort ?