Hainaut  L’artiste ukrainien Roman Minin plonge le site dans son univers.

Figure majeure de l’art contemporain en Ukraine, Roman Minin donne à voir le Bois du Cazier sous un jour inconnu de ses dizaines de milliers de visiteurs : par la magie de la réalité augmentée et des casques de réalité virtuelle, certaines de ses diasporas de mineurs s’animent, se mettent en mouvement dans des décors colorés inspirés des icônes du folklore populaire orthodoxe.

Pour trois mois jusqu’au 6 octobre, l’expo Mining Charleroi prend ses quartiers d’été avec des œuvres polyformes en deux, trois et même quatre dimensions. Peintures, panneaux, tapisserie, vitrail, bas-relief, installations : c’est un véritable parcours du soldat du charbon que l’artiste a mis en place en partenariat avec la galerie d’art Mhaata de Bruxelles qui accueille jusqu’au 24 juillet une expo complémentaire intitulée "Transmonuments".

Tout a été fait sur mesure

L’initiative bénéficie du soutien de l’ambassade d’Ukraine, d’abord en raison de la présence d’un compatriote parmi les 262 victimes du 8 août 56, mais aussi de par les liens d’une histoire industrielle commune et d’un jumelage de la ville de Donetsk avec Charleroi. Sur le site muséal, le dispositif se compose d’un parcours artistique de 8 arrêts avec des éléments visibles en réalité augmentée, de deux lieux d’immersion virtuelle avec l’usage de casques, d’un vitrail réalisé sur la porte d’entrée de l’espace mémorial, d’un bas-relief figurant des mineurs au pied des chevalements et de cinq bâches géantes affichées sur la réserve à locomotive.

Pour en percer les secrets colorés et la calligraphie mystérieuse, il faut télécharger l’application Simo Ar gratuitement, et conserver sa 4G active : le visiteur n’aura alors qu’à scanner les huit lutrins verts qui jalonnent le parcours ainsi que les bâches géantes. À la clé : un accès aux surprises de Mining Charleroi, à condition de disposer d’un smartphone de génération récente.

Les lieux de réalité virtuelle sont signalés par des panneaux VR : des casques permettent d’y pénétrer des mondes parallèles, comme le temple du mineur, une véritable cathédrale à 360 degrés -c’est dans la "galerie". Au premier étage de la recette au pied des chevalements, l’artiste offre une interprétation de la remontée des mineurs par les cages d’ascenseur. Tout a été fait sur mesure, spécialement pour le Bois du Cazier.

Roman Minin est en résidence à Charleroi avec sa famille pour une durée de trois mois. Il y a créé des œuvres qui resteront à Marcinelle. À découvrir absolument !



Découvrir l’univers de la mine en 3.0

I have a dream." Le directeur du Bois du Cazier Jean-Louis Delaet ne peut mieux exprimer le projet auquel il a commencé à réfléchir avec les membres de son équipe : reconstituer à partir de photos, images et gravures anciennes, plans d’époque et documents d’archive l’activité sur le site minier, y remettre les travailleurs en mouvement, et inviter les visiteurs à marcher sur leurs pas.

Un stage de réalisation de vitrail

En 2019, la technologie le permet aisément. On pourrait même aller plus loin, en équipant le visiteur des accessoires du mineur de fond, casque, lampe, outils, pour plonger dans les profondeurs du charbonnage. Si l’expérience n’existe encore nulle part dans le monde, elle pourrait faire son apparition un jour à Marcinelle. "L’objectif n’est pas de remplacer Blegny-mine où nous orientons les personnes qui souhaitent descendre dans une galerie, mais de leur faire vivre des émotions intenses", commente le directeur du Bois du Cazier Jean-Louis Delaet. Soyons audacieux ; ce projet pourrait prendre une dimension internationale avec le soutien financier de l’Europe.

Imaginons des collaborations avec des opérateurs touristiques étrangers qui travaillent sur le même thème : l’outil pourrait ouvrir les portes de tous les charbonnages en France, en Angleterre, en Allemagne, avec une portée didactique incomparable. Pour comprendre un métier, rien de tel que de l’expérimenter, s’immerger dans ses codes et ses réalités. C’est un projet fascinant qui peut associer l’industrie locale du 3.0. En attendant, les animations de Roman Minin donnent un aperçu des immenses potentialités du numérique. Inspirées de la région minière du Donbas en Ukraine, elles prennent une dimension universelle sur le site classé Unesco de Marcinelle.

L’artiste y anime un stage de réalisation de vitrail du 9 au 11 juillet.

Inscription indispensable : reservation@leboisducazier.be