L'humour et le sens de la répartie font partie intégrante du théâtre-action. Quand on demande à Teresa Di Prima sa fonction au sein du CTA, elle répond : " Je suis responsable du Festival International du Théâtre-Action. Il n'y a pas d'irresponsable dans le théâtre-action ! ". Daniela Guarneri est quant à elle responsable administrative et la Liégeoise Katty Masciarelli a succédé en 2005 à Paul Biot à la direction.

Le trio féminin parle avec enthousiasme et érudition du mouvement du théâtre-action, ancré dans le tissu culturel de la région du Centre. Elles rappellent que Paul Biot est "l'homme du décret", qu'il a mené un combat et des démarches incessantes pour conférer un statut et un cadre légal clair aux compagnies.

Le décret en question a été voté le du 10 avril 2003 et porte précisément sur la reconnaissance et le subventionnement du secteur professionnel des arts de la scène. Dans la foulée, l'arrêté du gouvernement de la Communauté française du 25 mars 2005 définit les missions des compagnies de théâtre-action.

Parmi les projets phares du CTA, le Festival International de Théâtre Action (FITA), en octobre prochain, accueille des spectacles de Haïti, du Bénin, du Burkina Faso, d'Italie, du Togo, du Québec, du Chili et d'autres provenances encore. Les spectacles ne sont pas des importations passives de créations internationales, mais le fruit d'une interaction et d'échanges entre des troupes étrangères et belges.

"On confronte les pratiques, il ne s'agit donc pas d'une simple diffusion de spectacles" insiste Teresa Di Prima, "ce n'est pas de l'exotisme artistique, mais une recherche commune de sens à travers l'outil théâtral".

Réflexion et action

Parmi les productions programmées en octobre, "Rara F Exhibition", de l'Atelier Toto B (Haïti), en coproduction avec le Théâtre Croquemitaine (Belgique), met en scène des femmes, qui prennent leur place dans le Rara, parade musicale de rue traditionnellement réservée aux hommes. "C'est comme si des femmes faisaient le gille chez nous, il y a une idée de transgression" note Teresa Di Prima, "ce spectacle haïtien allie esthétique et sens. On veut que le public européen réfléchisse aux contours du folklore et de la tradition".

L'érudition artistique et sociétale caractérise résolument le mouvement du théâtre-action : le CTA a acquis le livre "Carnaval de Binche - Fête d'hommes, regard de femmes", de Christel Deliège et Nathalie Hupin. Et des contacts seront établis d'ici octobre avec la Cité du Gille, où les points de vue sur le Rara féminisé ne devraient pas manquer !

Un autre spectacle, "Vidomègon", porte sur les enfants placés et maltraités au Bénin. Créé par la Compagnie Béo Aguiar (Bénin) et Alvéole Théâtre (Belgique), il traite du sort des 500 000 enfants réduits à l'état d'esclaves dans des familles despotiques, au nom de la tradition. En effet, autrefois, des parents pauvres confiaient leur enfant à des proches ou connaissances disposant des moyens d'instruire et éduquer correctement ces gosses. Mais tout a été perverti et les petits "vidomègon" se voient complètement asservis, certains travaillant jusqu'à 20 heures par jour.

"Dans ce projet aussi, tout est parti d'un échange de jeunes. Bruna Bettiol, d'Alvéole Théâtre, à Bastogne, nous a parlé de la situation de ces enfants au Bénin. Le projet théâtral et l'échange entre les deux compagnies a suivi" expliquent les trois femmes du CTA.

On appréciera la sensibilité, et l'engagement de la démarche, tant artistique qu'humanitaire. Et le courage de chacun des intervenants, d'ici et de là-bas. "Tout résulte de relations humaines, on ne travaille pas sur catalogue" conclut Katty Masciarelli.

L'image est belle, pour rappeler que, dans le théâtre-action, l'exotisme de surface et l'empreinte colonisatrice n'ont pas leur place sur scène.