Yannick Dorpe n’a pas l’allure d’un vandale. Pourtant, c’est un grapheur. “Mais je n’en suis pas un à 100 % : je ne fais rien d’illégal.”

Ce Tournaisien de 29 ans va lancer sa propre société, ADN Déco, où le graffiti devient objet de décoration et d’art. “Je donne dans tous les styles et sur tous types de support”, précise ce grand gaillard qui accumule les commandes : décoration de type tuning pour les voitures, décoration de chambres, fresques pour diverses sociétés…

Pour la prochaine période des fêtes de fin d’année, il va, avec trois amis, décorer les vitrines de quatre-vingt-huit magasins de centre commercial de Froyennes. Yannick a commencé à graffer à 14 ans, chez ses parents, avec des restes de bombe de peinture.

Débarquant ensuite à l’institut Saint-Luc, à Ramegnies-Chin, il se passionne pour le graffiti. Il veut s’exercer, en toute légalité, mais Yves Bocquet, spécialiste en la matière à la police tournaisienne, effraie tous les amateurs. “Il venait souvent à Saint-Luc, trois fois par semaine, et il prenait des photos pour repérer les auteurs d’actes de vandalisme… Il est respecté et connu jusque dans le sud de la France ! Je le respecte, M. Bocquet. Il aime le graffiti. Pas le vandalisme.”

Yannick parvient à s’adonner à sa passion et travaille ensuite à la ville de Tournai… comme peintre. En tant que grapheur, il s’exerce notamment à l’arrière du café “Au Bon Vieux Temps”, à Marquain, où les murs ont été mis à sa disposition.

Le jeune Tournaisien participe à des concours et à la réalisation de fresques. A Bruxelles, à Montréal… Sa liste de contacts s’allonge. Petit à petit, il s’est fait un nom. Enfin, un pseudonyme : ADN. Soit le nom du groupe d’amis graffeurs de Saint-Luc. Il a voulu se faire appeler Koaf, mais il était trop tard.

ADN lui colle à la peau maintenant. Jusqu’à ce que cela devienne le nom de son entreprise de graffiti. “En vivre ? Je ne sais pas. Seul l’avenir me le dira. Mais d’après moi, je suis bien parti.”

Des œuvres réalisées par Yannick sont déjà à découvrir dans Tournai. Yannick a réalisé la fresque contestée du quai des Poissonsceaux, à Tournai.

Pour certains, cette fresque, qui date de fin 2008, c’est tout sauf de la bombe. La fresque orne, en fait, une façade latérale de Sodeca, une société spécialisée dans la peinture.

“J’ai réalisé cette fresque sur une commande de la Sodeca, qui ne m’a d’ailleurs jamais payé, explique Yannick Dorpe . J e ne savais pas que le patron de l’entreprise n’avait pas fait de demande d’autorisation auprès de la ville.”

Mais faut-il effacer ou conserver la fresque du quai des Poissonsceaux ? N’est-elle pas inesthétique et inappropriée ? “Non. Clairement pas, lance le grapheur . A Tournai, on voit trop la ville comme un musée. Mais quelques excentricités ne font pas de mal. Je trouve même que la fresque donne très bien. Il faut accepter le graffiti comme une nouvelle forme d’art.”

Yannick Dorpe note aussi que la fresque a plu aux autorités communales, à certains élus du moins.

D’autant plus qu’il était ouvrier communal au moment de sa réalisation et qu’il l’a peinte sur ses congés payés. “C’est vrai. La fresque plaisait à bon nombre de personnes, assure le bourgmestre, Christian Massy (PS). Mais il fallait respecter la législation, il fallait un permis. Une régularisation a été demandée par le propriétaire, mais elle a été refusée.”

A Tournai, Yannick est aussi parvenu avec un ami à obtenir un mur d’expression libre, à l’arrière de l’hôpital militaire De Bongnie, à Tournai. C’est son atelier.

“C’était en 2005. On avait commencé par des ateliers pour des jeunes. Et c’est devenu le mur d’expression libre.” Mais il pourrait, devrait même, disparaître dans une phase ultérieure des travaux de l’hôpital militaire De Bongnie et du parc adjacent.

Dans cinq ans environ. “Pour moi, ce mur restera, assure le bourgmestre (PS) , mais s’il doit disparaître, il faudra trouver une solution.”

Et Yannick Dorpe d’argumenter : “Il faut donner un ou plusieurs murs d’expression libre aux grapheurs. Et il y a un bon nombre de bâtiments à l’abandon à Tournai. A Montréal, au Canada, on donne aux grapheurs. Les autorités y sont favorables car le graffiti ne fait qu’embellir des murs laids. Un autre élément important : après 2005, après que l’on a eu notre mur d’expression, les tags ont diminué de 30 % sur Tournai.”

© La Libre Belgique 2010