Il fallait voir la scène : ce grand gaillard trapu, percé aux oreilles, avec des lunettes sur le nez et une courte barbe rousse, la tête basse, penaud, sur le banc des accusés. Face à lui, la juge Jamar et la substitute Van Hollebeke.

S'il comparait au tribunal correctionnel de Charleroi, ce jeudi, c'est pour demander "une chance de sortir de prison" : condamné par le tribunal de Dinant en mai 2017, il avait reçu une suspension probatoire du prononcé. En gros, s'il respecte les conditions fixées avec le tribunal pendant trois ans, il n'aura pas de casier judiciaire et tout sera oublié. Sauf qu'ils ne les a pas respectées, ces conditions : trouver un emploi, suivre une formation pour se responsabiliser, et aller aux convocations de son agent de probation.

"J'étais perdu, j'ai eu pas mal de problèmes : j'ai trouvé un contrat article 60 pour toucher le chômage, j'avais une copine, j'avais retrouvé un logement... et puis elle m'a quitté, et j'ai plus eu envie de rien faire. Je me suis retrouvé à la rue, j'ai dormi en maison d'accueil, j'étais complètement perdu", répond-il à la juge. Son avocate parle même de dépression totale, de lâcher prise. 

Sauf qu'il est incarcéré à la prison de Namur depuis maintenant sept jours. Parce qu'il avait signé un contrat avec le tribunal, contrat qu'il n'a pas respecté. "Je ne me rendais pas compte de la connerie que j'étais en train de faire, je suis en prison depuis une semaine et je ne le supporte pas. Je peux m'engager à suivre les conditions..." essaye-t-il, avant de se faire couper par la juge Jamar : "C'est trop tard, le délai est expiré. Faire les démarches, c'était dur ? Mais c'était ça ou la prison, monsieur..." Son avocate tente tout de même: si la juge lui redonne une chance, cette fois, il respectera les conditions: il a une nouvelle compagne, qui est enceinte. Il a un domicile, sa vie va mieux, et la semaine de prison lui aura appris sa leçon. 

Pour la procureur Van Hollebeke, par contre la situation est claire : Cédric n'a pas respecté les mesures probatoires, il faut confirmer la peine qui lui avait été donnée par le tribunal de Dinant. "Il y avait une épée de Damoclès qui risquait de lui tomber sur la tête, maintenant elle est tombée. J'entends bien qu'on vous demande la clémence, madame la Présidente, qu'on lui fasse un cadeau. Mais il a déjà eu son cadeau, cette suspension probatoire justement. Il va falloir comprendre que le tribunal, ce n'est pas le père Noël, on ne peut pas faire des cadeaux tous les ans!"

La juge Jamar a consenti à faire une petite faveur à Cédric : spécifiquement pour lui, elle se prononcera le 14 juillet, la semaine prochaine, au lieu du 24 juillet comme pour les autres détenus qui comparaissaient cette semaine. "Est-ce que ça veut dire que je suis libéré aujourd'hui?", a demandé Cédric, avant de s'éloigner, tête basse, menottes aux poings et encadré par deux policiers suite à la réponse négative de la juge. Direction sa cellule, à Namur, pour au moins cinq jours de plus.