"Des applaudissements on est passé aux injures", disait récemment le patron des hôpitaux liégeois. Heureusement, ce ne sont aujourd'hui "que" des injures verbales.

Le CHU de Charleroi est confronté à ce problème également : une minorité de la population se montre de plus en plus agressive. "Certains en ont marre d'appliquer les mesures qui sont demandées dans les hôpitaux", note le directeur de la communication Frédéric Dubois. "Par exemple, des visiteurs rentrent avec le masque sous le nez, voire pas de masque du tout, et ils n'acceptent pas qu'on le leur fasse remarquer. Les infirmières, les agents de gardiennage se font insulter. Quand les visites étaient encore autorisées, on retrouvait ces gens sans masque à côté d'un malade, ce qu'on ne peut pas accepter non plus parce que si le virus rentre dans une unité, c'est la catastrophe. L'activité chirurgicale non-urgente a également été interrompue, et des gens sont mécontents et le font parfois savoir haut et fort. Les mesures ne sont pas toujours bien comprises, parfois elles sont mal prises."

Et cette agressivité, elle pèse lourd sur le moral du personnel soignant. "Le temps qu'ils peuvent perdre à recadrer quelqu'un, c'est du temps qu'ils n'ont pas pour soigner les patients. Alors que la situation est difficile, puisqu'on est en flux tendu : les chiffres dépassent ceux du pic de mars, et ils ne font que monter. Le personnel est plus difficile à trouver puisque avec le nombre plus important de tests, il y a plus d'asymptomatiques en quarantaine. Jusqu'à quand va-t-on pouvoir tenir?"

L'activité non-Covid est maintenue, puisque le lockdown n'est pas complet. "Mais c'est d'autant plus tendu, parce que le personnel en consultation ne peut pas prêter main-forte dans les unités covid. Il y a ce stress, déjà, et s'il faut ajouter l'agressivité de la population, on ne va pas s'en sortir. La confiance dans le personnel soignant doit être maintenue, le personnel hospitalier sait ce qu'il fait : nous avons réussi à surmonter pas mal de dégâts lors de la première vague, et ici nous avons un tsunami qui arrive. Le moral du personnel joue énormément. Aujourd'hui il est combatif, on le voit, mais pour combien de temps? Le boulot est énorme, le stress est gigantesque, on est à la limite de la rupture tout en se préparant à la phase 2. On doit retrouver la solidarité et le soutien de la population qu'on a connu pendant la première vague. Sinon on n'arrivera peut-être pas à maîtriser la situation, malgré le matériel qu'on a aujourd'hui et qu'on n'avait pas en mars."

Pour maintenir un maximum de lien social, le CHU de Charleroi et l'ISPPC disent faire des efforts, et prendre en compte certaines situation : un homme âgé, seul et sans enfants, dont la femme est gravement malade et est seule également, a récemment demandé de pouvoir faire des visites. La direction a statué sur cette exception. En maternité, le personnel soignant essaye d'organiser des visites des frères et sœurs, s'ils ne sont pas trop nombreux, alors que seul la.e conjoint.e est normalement autorisé. Pour les hospitalisations de longue durée à Léonard de Vinci, qui peuvent durer plusieurs semaines, des solutions sont également en train d'être mises en place pour continuer à avoir des visites. Les personnes en fin de vie ont également une priorité sur les visites. "Nous essayons de prendre en compte les problèmes, mais s'occuper des visiteurs demande du temps, qu'on a de moins en moins, et c'est toujours un risque de faire rentrer le virus dans des unités non-covid. Il faut comprendre qu'on se bat, mais pas contre la population. Le personnel soignant souffre aussi, ne l'agressez pas, soutenez-le !"