Toute l'année, deux agents traquent les graffitis. Ils ne manquent pas de travail…

Sur la façade d'un bâtiment classé de la rue Rachot, une signature mauve et dégoulinante. Dans la camionnette de Sébastien Rizzi, une sableuse, belle bête de 600 kilos allant chercher dans les 20.000 euros. "Heureusement, on est bien équipé", sourit l'agent de la brigade anti-tag. L'homme enfile sa protection, sort son pistolet et en quelques minutes, le graffiti fait partie de l'histoire ancienne.

Sébastien Rizzi ne compte plus les gribouillages du genre qu'il a déjà éliminés. La brigade anti-tag de Mons compte deux agents qui écument la Cité du Doudou, mais aussi les rues de Quévy et Colfontaine. Une convention unit les trois communes. En 2018, la brigade a traité quelque 539 tags, soit 1873 m2. Par microsablage, ou au karcher, à l'aide de produits chimiques.

Un travail à temps plein pour les deux brigadiers des façades propres. "Chaque matin, nous effectuons notre tournée pour vérifier qu'il n'y a rien dans les lieux les plus fréquentés comme le piétonnier, la Grand-Place ou le Marché aux Herbes. Nous intervenons aussi gratuitement quand on nous signale un tag. C'est un service offert aux citoyens", précise le nettoyeur au pistolet affuté.

Des déclarations d'amour mielleuses aux obscénités les plus vulgaires en passant par les incantations révolutionnaires ou les insultes de personnalités politiques, Sébastien Rizzi en voit de toutes les couleurs. L'agent officie depuis 17 ans. L'évolution troublante de la société se révèle à lui, à travers quelques vaporisations de peinture fraiche. "Ce qui me choque le plus, ce sont les messages racistes. Il y en a quand même beaucoup et ces derniers temps, je vois de plus en plus de croix gammées", soupire le Montois.

Mais Sébastien Rizzi apprécie la mission qui lui est confiée. "Ce qui me plait surtout, c'est de rendre service aux gens. Quand j'interviens quelque part pour effacer un graffiti sur la façade d'une maison, je libère la personne d'un souci. Mais ce n'est pas toujours évident. Je connais une dame en centre-ville qui a déjà remis sa façade en couleur à quatre reprises. Et chaque fois, des petits malins reviennent la taguer. C'est d'autant plus dommage qu'il existe des murs d'expression où l'on peut faire librement des graffitis."

Sisyphe remontait sa pierre inlassablement. L'agent communal, lui, dégaine son karcher jour après jour. Le bâtiment classé de la rue Rachot où Sébastien Rizzi vient d'officier porte d'ailleurs les stigmates d'anciens nettoyages. "Ça n'arrête jamais, on ne manque pas de travail". Malheureusement pour notre Sisyphe montois, il n'est pas payé à la pièce. Sinon, il serait déjà riche comme Crésus…