Le 23 février, la Galerie moderne, hôtel bruxellois de ventes aux enchères, proposera à ses acheteurs quelques objets prestigieux: dix pendules, une "exceptionnelle" fontaine de table ainsi que l'imposante toile "Les Aristochiens" de Thierry Poncelet. Des trésors issus de la collection du baron Duesberg et qui vont quitter la Cité du Doudou.

Ils ne font pas partie des 4.000 objets que le baron remet à la Ville de Mons dans le cadre d'une donation historique faisant l'objet d'une convention. Mais la Ville est tout de même légataire universelle du musée. A la mort du dernier des époux Duesberg, ce qui se trouve dans le musée devrait lui revenir. Et au-delà de la donation des 4.000 objets, il reste encore de nombreux trésors. Collectionneur maladif, le baron se plait d'ailleurs à rappeler que les vitrines sont pleines à craquer, qu'on ne pourrait même plus y glisser une aiguille et qu'il aurait de quoi ouvrir encore deux ou trois musées. Mais il manquera bientôt dix pendules, une exceptionnelle fontaine de table ainsi que "Les Aristochiens" de Thierry Poncelet.

Cette vente pourrait être interprétée comme un coup de semonce du baron Duesberg, tant les relations semblent être redevenues compliquées avec la Ville de Mons. Il y a un peu moins d'un an pourtant, l'heure était aux réjouissances. Les autorités communales et le baron Duesberg signaient une convention qui devait faire passer près de 4.000 objets dans le patrimoine montois et pérenniser l'avenir du musée dans la Cité du Doudou. Dans la foulée, la Ville s'engageait à apporter une aide au baron qui, du haut de ses 86 ans et avec une épouse malade, peine à s'occuper du musée. Une portion de la rue longeant le square Saint-Germain était par ailleurs rebaptisée en l'honneur du musée. Et l'idée de créer un salon prestigieux à l'ancien office du Tourisme, sur la Grand-Place, prenait forme.

Mais en ce début d'année 2021, le baron Duesberg déchante. " Je n'ai plus de concierge depuis la fin de l'année dernière et je suis pratiquement seul pour m'occuper de mon épouse et du musée ", soupire le collectionneur. " Le musée a pourtant toujours beaucoup de succès. Nous en sommes à notre 72e livre d'or. Ce week-end encore, il y avait beaucoup de monde. Je leur ai dit que je voulais bien essayer de leur faire visiter le musée, mais que si je tombais, il faudrait qu'ils me ramassent. C'est une situation compliquée. "

Entre le collectionneur et la Ville de Mons, c'est je t'aime, moi non plus. Pour rappel, après une exposition temporaire de ses collections privées qui avait fait sensation à Bruxelles au début des années 90, le baron Duesberg investissait l'ancien bâtiment de la Banque Nationale à Mons pour ouvrir un musée des arts décoratifs. Depuis, ce musée et ses collections n'ont cessé d'être enrichis, jusqu'à décrocher six étoiles au Guide Michelin et une première place nationale sur Trip Advisor. Désireux de partager ses trésors avec le plus grand nombre – il parle souvent d'élitisme pour tous –, le baron Duesberg voudrait en faire toujours plus. Il avait même proposé de décorer la nouvelle maison de l'Unesco d'objets évoquant Saint-Georges et le dragon. Mais il garde le sentiment amer qu'après 27 années de mécénat, son enthousiasme n'est pas partagé par une Ville de Mons qui peine souvent à composer avec le collectionneur. " On dira que je suis un emmerdeur ", confesse le baron. " Mais des emmerdeurs comme moi, j'en voudrais à tous les coins de rue!"

Du côté de la Ville de Mons, on tente de faire au mieux. " Mon cabinet et moi-même sommes en contacts très réguliers avec le baron Duesberg", assure l'échevine de la Culture. "Nous avions engagé une concierge, mais elle est partie travailler ailleurs, car le baron avait indiqué vouloir s'installer dans la conciergerie quand les travaux du musée allaient commencer. Pour rappel, c'est un chantier à 864.000 euros, subventionné à hauteur de 60%, qui va commencer fin mars. La Ville n'investirait pas autant pour un musée qu'elle ne souhaiterait pas pérenniser. Il y a eu également une femme d'ouvrage qui ne convenait pas malheureusement. Un chauffeur de la Ville est régulièrement mis à disposition. Et nous avons récemment proposé l'aide d'un jeune doctorant de l'ULB qui complète au musée le 4/5 temps qui l'occupe déjà. Enfin, il est toujours prévu d'aménager un salon à l'ancien office du tourisme, mais des aménagements sont nécessaires. Un montant est inscrit au budget 2021 pour mener l'étude préalable à ces travaux. "

De quoi apaiser le baron Duesberg? Pas sûr. Si l'échevine s'exprime au nom du collège, le collectionneur se désespère d'avoir un retour du bourgmestre et menace à présent de faire capoter la convention qui porte sur la donation de 4.000 objets à la Ville.