La direction de l’hôpital refusait également qu’ils se recueillent, même derrière une vitre, sur la dépouille de la défunte.

C’est un témoignage poignant que nous livre Arthur (prénom d’emprunt), qui souhaite garder l’anonymat. Sa grand-mère est décédée ces derniers jours dans un hôpital montois, le CHU Ambroise Paré. Hospitalisée dans un premier temps pour des problèmes cardiaques, sa grand-mère, qui était pourtant totalement isolée par précaution, a été testée positive au Covid-19 la semaine passée, suite à son séjour au sein de ce même centre hospitalier.

Deux jours plus tard, elle décédait, probablement des suites du virus, mais sans vraiment de certitudes de la part du corps médical… "Ce que nous vivons, nous ne le souhaitons à personne" , confie Arthur, qui ne cache pas "être en morceaux" "J’ai déposé ma grand-mère à l’hôpital juste avant que l’on ne parle réellement du coronavirus en Belgique. Quelques jours plus tard, on nous apprenait qu’elle était isolée par précaution et que, même nous, nous ne pouvions plus la voir. Ce fut un déchirement de comprendre qu’elle allait peut-être partir sans que l’on puisse lui dire adieu. C’est finalement ce qu’il s’est produit."

Pourtant, Arthur se rendait chaque jour à l’hôpital et proposait des alternatives pour garder le contact. "Je peux comprendre le confinement dans l’aile Covid-19. Que l’on ne puisse pas y aller, je suis tout à fait d’accord. Mais je ne comprends pas leur refus à nos demandes d’organiser des contacts virtuels, notamment par Skype, comme ils le font en Italie. Pourquoi n’était-ce pas possible dans cette section ? Soigner un malade, cela comporte aussi une part de mental, en lui montrant que ses proches sont là et qu’il n’est pas abandonné."

Mais, outre le fait d’apprendre le décès de sa grand-mère en isolement, la douleur la plus intense fut de constater que l’on refusait à Arthur de voir une dernière fois sa dépouille. "J’estime que ce n’est pas normal. La famille doit pouvoir voir le corps. Même au travers d’une vitre. C’est difficile de faire son deuil quand on ne voit pas la personne. À la morgue, on vous présente un corps, enfermé dans deux sacs mortuaires. Le défunt n’est pas visible. Un drap blanc est posé sur le corps, sur lequel repose une pancarte jaune ‘Infecté’ . La personne n’est pas lavée, pas habillée, elle est déposée dans le cercueil tout en restant emballée dans ces linceuls."

"Si vous voulez éviter ça à vos proches, restez chez vous"

Impossible pour Arthur mais aussi pour les proches des autres victimes du coronavirus de faire leur deuil. "Les pompes funèbres ne peuvent pas préparer le défunt. La voir partir dans ces conditions, c’est vraiment atroce. On ne sait même pas lui apporter de vraies fleurs… C’est contraire à toute logique humaniste. Cette situation, je ne la souhaite à personne. Les gens partent sans aucune dignité" , poursuit Arthur, qui avertit les plus sceptiques qui bravent les interdits et les mesures de confinement : "Si vous souhaitez éviter ça à vos proches, restez chez vous et respectez le confinement."

De son côté, le CHU Ambroise Paré indique que ses membres sont conscients des problèmes. "Concernant l’utilisation des nouvelles technologies, comme Skype, notre service informatique planche actuellement sur la question" , confie France Brohée, du service communication du centre hospitalier montois. "Mais ce n’est pas si simple, parce qu’il est hors de question que le support, à savoir la tablette ou l’ordinateur portable, qui est vecteur du virus, se balade de chambre en chambre. On espère trouver une solution rapidement. Pour ce qui est des mesures de recueillement sur les dépouilles, nous sommes également conscients des difficultés rencontrées par les proches. Il y a d’ailleurs un débat éthique en interne."

Quoi qu’il en soit, Arthur et bien d’autres familles ne parviennent pas à faire leur deuil, déjà si difficile à surmonter dans des circonstances "ordinaires".