L’action de huit travailleurs avait mis à jour d’importants arriérés de salaire.

Après trois semaines d’arrêt partiel, le chantier Rive Gauche a repris son cours normal à Charleroi ville basse. A la mi avril, l’action spectaculaire de travailleurs égyptiens non payés depuis 6 mois avait mis à jour d’importants arriérés de salaire, mais aussi de graves infractions à la législation sociale dans le chef d’un sous-traitant de l’entreprise générale Valens-Duchene (NdlR : le consortium italien Edile). Il a fallu chiffrer le contentieux. "Et il oscille dans une fourchette de 415 000 à un demi million d’euros", selon le secrétaire régional de la CSC Construction Fabrizio Carpino.

Permis de séjour italiens

Après l’intervention de la justice et de l’inspection sociale, une régularisation de l’incontestablement dû est intervenue la semaine dernière. Le contentieux concernait 80 ouvriers, essentiellement non européens (indiens, albanais, kosovars, égyptiens) mais disposant de permis de séjour italiens en règle : ils ont reçu ce que le front commun FGTB-CSC estime représenter 80 % de leur dû. Pour récupérer le solde, "il y aura donc des procédures judiciaires dans une phase ultérieure", indique le secrétaire régional CSC. "Ce procès prendra du temps, il pourrait s’étaler sur plusieurs années."

Des pratiques scandaleuses

L’affaire de Rive Gauche a mis à jour des pratiques scandaleuses en matière de détachement de main-d’œuvre étrangère : sous-traitant de Valens-Duchene, Edile ne remplissait plus ses obligations de paiement. Dans le cadre de l’enquête diligentée par l’auditorat du travail de Charleroi, il est apparu que certains contrats avaient été modifiés par l’employeur au mépris de la législation. "Tout ce personnel a quitté le chantier", selon l’entrepreneur général. "De nouvelles équipes viennent de démarrer. Il s’agit pour partie d’ouvriers de chez nous, mais également de travailleurs détachés par deux sous-traitants dont nous avons contrôlé la bonne gestion", poursuit-il. "Nous leur avons demandé de produire des pièces sans y être autorisés, pour éviter d’avoir à revivre les mêmes problèmes." Sur le chantier, la volonté est de rattraper progressivement le retard pour revenir dans le bon planning. "Ce qui sera une question de semaines", confirme le maître d’œuvre Raphaël Pollet. "Si l’exécution ne rencontre plus de difficulté, le shopping ouvrira ses portes avec certitude en février-mars 2017. La commercialisation des cellules fonctionne bien : toutes les plus grandes sont vendues, à l’exception d’une seule au niveau -1. Même si le centre n’est rempli qu’à 90 % de sa capacité, l’ouverture aura lieu."

Les syndicats promettent de se montrer particulièrement vigilants au respect des obligations légales dans le secteur de la construction. A ce propos, ils participent avec les forces vives à l’élaboration de clauses sociales dans les marchés publics locaux.