Hainaut Erik Van Hoorde est parti avec Médecins sans vacances (MSV) à Kinshasa.

Chirurgien pédiatrique au CHU de Charleroi, Erik Van Hoorde a décidé de passer ses vacances à travailler. Gratuitement. Et au Congo. "C’est bien un truc de médecin ça : ah tiens, je vais prendre des vacances pour travailler", dit en riant l’homme de 47 ans. Pourtant le contexte de sa mission n’a rien de bien réjouissant : s’il est parti à l’hôpital de Kalembe-Lembe, à Kinshasa, c’est parce que là-bas, ils manquent cruellement de chirurgiens. Encore plus de chirurgiens spécialisés dans les enfants de 0 à 15 ans : "On n’est déjà que 20 ou 30 en Belgique, au Congo il n’y en a pour ainsi dire pas… alors que l’Afrique a une population très jeune."

Un voyage bouleversant

Emmené durant 15 jours par l’association Médecins sans vacances (MSV), il en est revenu changé. "J’ai vu au Congo des pathologies qu’on ne voit plus jamais ici, ou alors pas à un stade si avancé. Ils sont en sous-nombre, ils n’ont pas toujours la formation adéquate, ils ont du matériel vétuste ou inadapté, il n’y a pas de sécurité sociale et même l’électricité n’est pas assurée : ça se coupe et ça revient, comme ça, même en ville."

Les médecins sur place sont loin d’être incompétents. "Si MSV m’a demandé de les accompagner, c’est parce que ce sont des sur-spécialisations, et l’hôpital public de Kalembe-Lembe veut devenir efficace en pédiatrie : ce n’est pas la brousse, et les chirurgiens ont une capacité d’adaptation incroyable. Sauf que nous, on fait des stomies, des anus artificiels avec une poche. Là-bas, ils utilisent un gant en latex et font un nœud. Nous, on opère avec des caméras et des instruments de pointe, là-bas ils ouvrent. Et ils ont des gestes chirurgicaux incroyablement précis, ils sont très bons. Ce qui leur manque, c’est la formation, et des conseils pratiques."

Rendre les autres autonomes

Là-bas, par exemple, Erik a pu apprendre aux deux chirurgiens congolais à soigner une laparoschisis (un nouveau-né dont les intestins sont hors du ventre), "et si le bébé est malheureusement mort quelques semaines après mon départ, ils pourront maintenant en sauver d’autres, ils ont vu et participé. Mon but, et le but de MSV, c’est de les rendre autonomes. En gros, on ne pêche pas pour eux, on leur apprend à pêcher, si vous voulez".

Un risque connu

Dans ce genre de missions humanitaires, il faut bien placer ses jetons. Le risque, c’est qu’une fois formé, un chirurgien disparaisse. "C’était le cas d’un type dans une précédente mission. On lui a appris plein de trucs, et il en a profité pour aller chercher un poste dans un hôpital privé qui payait mieux. Et évidemment, un hôpital que la plupart des gens sont incapables de se payer, explique le chirurgien. Mais ce qui compte, pour nous, c’est qu’à terme, ils n’aient plus besoin de nous. Normalement, un de ces deux chirurgiens que j’ai rencontré au Congo viendra ici, en Belgique, pour voir comment on gère les stocks de matériel et de médicaments et les procédures mises en place dans les hôpitaux."

Une reconnexion au métier

La culture, les gens, Erik Van Hoorde se dit conquis : il y retournera en décembre.

"On sauve des vies tous les jours, j’ai l’impression de me reconnecter à mon cœur de métier. Ici, la première opération que je fais, c’est la circoncision, et souvent pour des questions rituelles. Autant l’aspect hyper-technologique de nos chirurgies occidentales est très intéressant, autant je me demande parfois si je n’en suis pas réduit à faire de très nombreux gestes moins vitaux, moins essentiels…"