Que s’est-il passé dans la rue Chausteur, à Lodelinsart, la nuit de lundi à mardi ? C’est la question que se pose le parquet de Charleroi.

Lundi soir, à minuit, une famille qui habite là appelle une ambulance. La mère, qui a plusieurs enfants, est emmenée aux urgences pour une importante hémorragie. Mais à l’hôpital, un médecin urgentiste alerte la police : du placenta et un cordon ombilical ont été trouvés lors de la prise en charge de la patiente, mais aucune trace d’un quelconque nouveau-né. La police se rend alors, dans le courant de la journée de mardi, au domicile familial. Là, le corps sans vie d’un nourrisson est découvert.

S’agit-il d’un accouchement qui a mal tourné ? D’un déni de grossesse ? D’un infanticide ? Le parquet trouve en tout cas "étrange" que les ambulanciers n’aient pas vu le nourrisson lors de leur intervention. D’ailleurs, le bébé est-il décédé par manque de soin, laissé seul cette nuit-là ? Était-il déjà mort à la naissance ? Est-ce un acte volontaire ? Aucune réponse n’est définitive à ce stade. On nous signale que toutes les pistes sont envisagées par les enquêteurs. Le parquet a mis un dossier à l’instruction pour faire la lumière sur ce qu’il s’est réellement passé à l’intérieur de la maison cette nuit-là. Aux dernières nouvelles, l’entourage était en train d’être auditionné. Une autopsie a été réalisée sur le nouveau-né, mais les résultats sont toujours en cours d’analyse.

La famille, elle, semble sans histoire. Elle est inconnue de la justice, déjà. Et les voisins parlent de "gens sans problème, très discrets". Le père a une bonne position professionnelle, les enfants sont d’ailleurs charmants, note le voisinage. Tout le quartier est sous le choc en apprenant la terrible nouvelle. En revanche, personne ne semble au courant d’une grossesse : une voisine dit ne pas avoir vu la mère depuis plusieurs semaines au moins, et un ami du couple n’a plus pris de nouvelles depuis quelques mois. Rien qui ne sorte de l’ordinaire, cela dit, et aucun proche n’a pu répondre à nos questions.

Cependant, une des pistes pourrait être le déni de grossesse. Ce phénomène rare, avec une prévalence estimée entre 0,5 et 3 pour 1 000 naissances en France, peut se montrer particulièrement violent : la mère n’est pas au courant qu’elle est enceinte, jusqu’à l’accouchement. "En quelques secondes, il faut admettre la réalité d’une grossesse puis d’un accouchement, toutes choses qui prennent habituellement neuf mois avec consultations multiples et préparation à l’accouchement en prime", expliquaient des experts dans une étude de 2016.

C'est cette explication qui est avancée par le père de famille. Dans les colonnes de Sudpresse, il a pris la parole: il explique qu'après un déni de grossesse, la mère a tenté de cacher le corps pour ne pas que ses autres enfants le voient. C'est là que le père s'est rendu compte de la situation et a appelé une ambulance. Un drame donc, et non un crime, puisque d'après lui le nourrisson était mort-né.

Le parquet explique néanmoins que l'enquête prendra encore plusieurs jours.