Auguste Mambour en toute sa palette

Thierrry De Gyns

Après 1963 et 1984, le peintre liégeois Auguste Mambour revient en exposition à Liège. Quelque 140 toiles, réparties en sept sections aux teintes différentes, donnent rythme et couleurs à la salle Saint-Georges aux côtés d'oeuvres d'autres Liégeois africanistes: le sculpteur Arthur Dupagne et les peintres André Hallet et Paul Daxhelet.

«Si tout ne fut pas rose chez Mambour, dit Hector Magotte (CDH), échevin liégeois de la Culture, ce peintre liégeois qui fut rexiste et raciste - condamné puis réhabilité - et qu'on disait emporté, orgueilleux et sarcastique, nous voulons présenter ici son oeuvre, ce qui fut accepté à l'unanimité par le conseil communal de Liège. Et quand on parle de tableaux, il s'agit d'un tout grand artiste!» Il répondait de la sorte à un communiqué des Territoires de la Mémoire s'étonnant que Liège ait la mémoire tellement courte...

Tout le rez-de-chaussée de l'îlot Saint-Georges témoigne du talent de cet artiste aux multiples facettes.

Peu liant, peu causant, mais habile comme pas un à prendre le vent du large dès qu'un mouvement se dessinait. Et de ses déplacements à Paris, Stanleyville, Bruxelles ou Venise, il retira une foison de sujets.

Dans leur remarquable ouvrage «Auguste Mambour, l'odyssée d'une oeuvre en trois dimensions», Michel Pirotte, commissaire de l'exposition, et Jean Guy Gilles soulignent: «Si de nombreux amateurs reconnaissent en Auguste Mambour un peintre africaniste, cette tendance de l'artiste est bien loin de résumer à elle seule son univers particulier. Ainsi, à côté de sa représentation très personnelle des peuples noirs, le lecteur pourra approcher un créateur sensible aux avant-gardes de son époque, qu'elles soient cubiste, expressionniste, surréaliste et même parfois futuriste.»

De «La marchande de tomates» créée en 1917, clair-obscur tendre et fragile, pour arriver au buste de 1958, le parcours est sinueux. Certes, on retrouve la griffe de Mambour, mais les inspirations, les intonations, les colorations vont du blanc au noir. Fil rouge, les rondeurs, les cubes qui parsèment ses sujets africains comme sa «Nature morte aux cruches». On reste ébahi devant ses jeux de lumières sur corps nus qui parsèment ses oeuvres au retour de Stanleyville comme devant le classicisme empreint de tendresse du portrait de Mme Duesberg. Et on est à genoux à la vue de cette Maternité de 1930, où dans tout l'éclat de sa lumineuse affection, une maman tient son bébé dans les mains comme un cadeau du ciel. Une expo à voir avec un fort faible pour son côté surréaliste...

© La Libre Belgique 2003