Vangor, l'artiste qui dépeint ses peurs

L'espace Saint-Georges à Liège multiplie tout au long de l'année les expositions drainant grande ou faible foule. Après les rétrospectives de Monnet, Gauguin ou Picasso, l'échevinat de la Culture propose, jusqu'au 1er février, la trop courte carrière de l'artiste tournaisien - et liégeois à la fin de sa vie - Christophe Vangor, peintre et graveur disparu en 1999 à 40 ans

RÉGINE KERZMANN

REPORTAGE

L'espace Saint-Georges à Liège multiplie tout au long de l'année les expositions drainant grande ou faible foule. Après les rétrospectives de Monnet, Gauguin ou Picasso, l'échevinat de la Culture propose, jusqu'au 1er février, la trop courte carrière de l'artiste tournaisien - et liégeois à la fin de sa vie - Christophe Vangor, peintre et graveur disparu en 1999 à 40 ans.

Angoissé jusqu'au bout

En parcourant les différentes salles consacrées à l'artiste, nul ne pourra dire que Christophe Vangor n'en met pas «plein la vue». Gravures, sculptures, dessins, huiles sur toile, encre de chine... il excellait dans la technique «mixte» constituée d'assemblage des différents matériaux, textures et techniques artistiques. Les oeuvres remarquables sont nombreuses. S'il fallait en choisir une, ce serait sans doute le tableau intitulé «La Fête Breughelienne», où à l'encre de chine et l'huile sur papier, l'artiste dresse un portrait grossièrement bucolique et vivant d'une fête d'antan aux tons délavés.

Le collage fait partie de la marque de fabrique Vangor. Tout au long de ses vingt années de carrière, il en jouera avec dextérité et talent, transgressant les règles de l'art et n'en faisant qu'à sa tête. Anarchique, nerveux, stressé, cet artiste angoissé jusqu'au bout de sa vie usera de techniques diverses pour faire parler le mal de son âme, ses craintes, son mal-être dans son oeuvre. Il nous laisse une collection impressionnante sur papier et carton, réalisée presque dans sa totalité à partir de matériaux de récupération. Son oeuvre et sa vie s'entremêlent, comme si ses multiples créations et réalisations ne faisaient qu'un avec l'artiste.

Même en BD...

L'artiste autodidacte touchera à tout. De la réalisation de décors de spectacles au monde de l'édition jusqu'à la BD dont quelques extraits de cette tranche de vie apparaissent au détour d'un collage sur huile. La fête est sans aucun doute le thème qui revient le plus souvent dans son oeuvre. Illustrée de façon vulgaire, parfois burlesque, les personnages y sont énormes, souvent difformes et leur sourire gras semble se dissimuler sous des masques de carnaval. Ce n'est certes pas le bonheur qui transparaît de ses réalisations particulières mais cette rétrospective n'en demeure pas moins intéressante et magnifique, elle raconte un homme à travers le travail de ses mains, sa vision de la vie, de lui-même. Au détour des années 1990, le désespoir et l'angoisse envahissent complètement ses toiles.

Sombres, obscurcies par ses angoisses intérieures, il semble que l'artiste disparaisse dans son oeuvre avant de mourir pour de bon. Alternant gravures sereines et toiles sévères, le visiteur découvre le parcours chaotique de l'artiste à travers cette rétrospective au centre de laquelle quelques artistes contemporains et amis de Vangor - Izoard, Alonzi, Escobar, Sofie Vangor (sa fille)... - ont souhaité rendre hommage en réalisant des oeuvres inspirées de l'artiste disparu.

Première rétrospective officielle, cette exposition réunit plus d'une centaine d'oeuvres, dessins, sculptures, objets personnels. Une vidéo donne à voir de façon posthume Vangor dans son art. Un hommage, un souvenir, une vraie rencontre artistique à découvrir.

© La Libre Belgique 2003


Une courte vie dans l'ombre Né à Tournai le 8 juin 1959, Vangor s'est jeté à corps perdu dans la peinture à 20 ans. Il a touché à toutes les techniques avant d'offrir au public un art différent. Son évolution artistique est sinueuse, il n'obéit qu'à son imprévisible inspiration. Jusqu'en 1985, il dessine des BD où prédominent la violence, le sexe et des allusions musicales. En 1985, il entame la peinture à l'huile hallucinée. En 88, il s'initie à la gravure avec des moyens de fortune. En 1990, il s'influence des arts primitifs et sa production gagne en sérénité. Dès 1994, son oeuvre plonge dans le désespoir. Il s'éteint à Liège le 13 septembre 1999 usé par ses excès. Sa collection fut alors dispersée. Exposition accessible du mardi au samedi de 13 à 18h. Dimanche de 11 à 16h30. Fermée le lundi ainsi que le 1er janvier. Rens: 04/221.89.11 © La Libre Belgique 2003