Fin de partition pour la Maison Brahy

Ainsi va la vie: certaines portes se ferment et d'autres s'ouvrent. Mais celles de la librairie musicale Brahy, qui tiennent bon depuis 1896 au début de la rue Pont-D'Ile, côté Pot d'Or, et se fermeront définitivement à la fin de l'année, laisseront un brin de nostalgie dans le coeur des Liégeois.

PHILIPPE VANDENBERGH
Fin de partition pour la Maison Brahy
©

RENCONTRE

Ainsi va la vie: certaines portes se ferment et d'autres s'ouvrent. Mais celles de la librairie musicale Brahy, qui tiennent bon depuis 1896 au début de la rue Pont-D'Ile, côté Pot d'Or, et se fermeront définitivement à la fin de l'année, laisseront un brin de nostalgie dans le coeur des Liégeois. Il ne s'agirait pas de la plus ancienne enseigne de Liège puisque l'opticien Buisseret est actif depuis 1848 à la rue des Clarisses (avec une succursale, évidemment plus récente, à la Galerie Opéra) mais c'est certainement une des plus originales, une de celles qui sait le mieux s'adapter aux désirs de ses clients, qu'ils soient de purs amateurs ou des musiciens avertis.

Liszt, Guitry, Milhaud...

C'est d'ailleurs une tradition dans la maison. Si Jacques Brahy, l'arrière-petit-fils du célèbre mathématicien qui a fait les beaux chiffres de l'université de Liège, se souvient personnellement d'Henri Pousseur, de Guy Lukowski ou d'Annie Cordy («du temps où les artistes de passage au Palace ou Forum avaient du temps à perdre»), le livre d'or comprend en outre des autographes de gens célèbres comme Franz Liszt («mon grand-père l'a vu jouer»), Ravel, Guitry, Milhaud, Paderewski, ou Meyerbeer... mais le plus important est peut-être ce petit anonyme qui, le coeur battant, a voulu se lancer un jour dans la musique en trouvant ici son indispensable clé de sol.

Un peu d'histoire liégeoise

Notre excellent confrère mosan Bernard Gheur a récemment retracé l'histoire du magasin. C'est donc à lui que M.Brahy, un peu fatigué, un peu ému, nous renvoie pour mettre les points sur le «i» du mot «histoire». Julien Brahy (1868-1938) hérita, en 1890, du fonds de commerce de sa soeur, Marie. Celle-ci avait épousé Charles Gevaert, d'une dynastie de facteurs de pianos active à Gand et à Liège. Gevaert - un nom bien connu également à Anvers - était le concessionnaire des deux plus grands facteurs de pianos français, Pleyel et Gaveau. C'est dans son magasin de la rue des Dominicains toute proche que le grand-père accueillit ces musiciens et compositeurs illustres avant de s'installer en Pont-d'Ile en 1896.

Il y travailla, aidé de sa famille, pendant 52 ans, et son fils Edouard, le père de l'actuel «patron», pendant 54 ans. Faisant beaucoup d'heureux dans ce monde merveilleux et universel de la musique.

La maison, priorité familiale, vient d'être vendue. Et si on attend encore sa future destination, forcément commerciale, on espère que la superbe galerie en chêne qui orne son intérieur sera conservée...

© La Libre Belgique 2004