Nouvelle jeunesse pour saint Jean-Baptiste

Excellente initiative que celle de l'échevin des Travaux de Liège, Jean-Géry Godeaux, qui a proposé un rajeunissement de la fontaine Saint-Jean-Baptiste en Hors Château. La proposition a été acceptée par la Ville qui a lancé la procédure pour passer un marché en vue d'entreprendre les travaux nécessaires.

PAR LILY PORTUGAELS

Excellente initiative que celle de l'échevin des Travaux de Liège, Jean-Géry Godeaux, qui a proposé un rajeunissement de la fontaine Saint-Jean-Baptiste en Hors Château. La proposition a été acceptée par la Ville qui a lancé la procédure pour passer un marché en vue d'entreprendre les travaux nécessaires.

Il s'agira du nettoyage et de la réfection des éléments en pierre, du nettoyage des éléments en bronze de la statue avec pose d'un vernis protecteur et de deux couches d'un traitement anti-graffiti.

Ces travaux représentent un investissement de 18.000 euros. Et l'oeuvre le mérite amplement.

Ce saint Jean-Baptiste daté de 1668 est une oeuvre authentique du sculpteur liégeois Jean Del Cour. Ce qui est loin d'être le cas de toutes les oeuvres qui lui sont attribuées. Celle-ci était même signée «JOANES DEL COUR SCULPEBAT» (signature qui a disparu), comme en témoigne l'ouvrage d'un visiteur hollandais en 1705 cité par le spécialiste de Jean Del Cour, René Lesuisse 1. L'ouvrage fait aussi état de la date de 1668 alors que c'est la date de 1667 qui était généralement admise.

La fontaine Saint-Jean-Baptiste n'est certainement pas la plus connue des Liégeois et la décision de sa rénovation me donne l'occasion, bien agréable, d'évoquer son histoire.

Cette fontaine se trouve en Hors Château, à peu près en face de la rue Mère Dieu, là où commençait le territoire de l'ancienne paroisse Saint-Jean-Baptiste.

Au 14è siècle existait déjà à cet endroit une fontaine alimentée par l'araine Richefontaine (une araine était une galerie qui recueillait les eaux des nappes aquifères pour alimenter la ville). On désignait cette fontaine d'une manière plus évocatrice qu'élégante par Pixherotte ou Pisseroule fontaine. Au 15è siècle elle était désignée par l'appellation Fontaine à deux Pisherottes (à deux jets). Au 16è siècle elle est remplacée par une autre à trois bouches et réédifiée en 1612 d'abord et en 1634 ensuite. Cette dernière réédification était plus belle avec des bouches en cuivre qui alimentaient quatre bassins en pierre où la population pouvait puiser l'eau ou laver son linge.

Jusqu'en 1667, la fontaine n'était surmontée que de quelques rochers. C'est à ce moment que l'on plaça sur ces rochers qui surmontaient la fontaine proprement dite, une statue en bronze de saint Jean-Baptiste, patron de la paroisse.

L'église Saint-Jean-Baptiste se situait quant à elle à l'angle de Féronstrée et de la rue Saint-Jean-Baptiste (une rue qui a pratiquement disparu à la suite de l'aménagement de l'Ilot Saint-Georges). Cette rue qui va de Féronstrée au quai de la Batte ne possède plus que quelques immeubles formant l'angle de la Batte et de la rue Barbe d'Or. Le reste est occupé par des grands magasins et des bâtiments administratifs. L'église, a été une des premières à tomber sous le vandalisme révolutionnaire.

La statue de Jean-Baptiste qui se trouve sur la fontaine est une des premières oeuvres de Jean Del Cour et elle annonce clairement le sculpteur baroque qu'il restera toute sa vie. Vu de face, le saint qui mesure deux mètres de haut, n'a pas l'air très bien installé sur ses rochers, mais on trouve déjà la liberté d'allure qui marquera l'oeuvre du sculpteur liégeois. La tunique est simple, elle n'a pas encore les drapés qui feront la célébrité de Del Cour. Les cheveux se répandent en une masse ondoyante et le visage est particulièrement beau. Quant à la stature, Del Cour a voulu un Jean-Baptiste, jeune, vigoureux et musclé.

Sur un des pans du socle, un bas-relief, de Del Cour également, représente le baptême du Christ. En 1719, la statue et le bas-relief avaient été dorés. Il ne reste en tous les cas plus rien de ces dorures et ce n'est peut-être pas plus mal.

1 «Le sculpteur Jean Del Cour», par René Lesuisse, éd. Couillet, 1953.

© La Libre Belgique 2005