Une cathédrale en morceaux sur les étagères du temps

PAR LILY PORTUGAELS

On n'a certainement pas fini d'épiloguer sur la perte immense que signifia pour Liège la destruction de la magnifique cathédrale gothique qui faisait la fierté des Liégeois et l'admiration des étrangers. La Révolution française, suivie passionnément par les Liégeois toujours prêts à s'enflammer lorsqu'il est question de libertés et de contestations, a conduit ceux-ci à se lancer dans une véritable autodestruction dont les conséquences sont, toujours aujourd'hui, tragiquement palpables.

Un nouvel ouvrage issu du colloque international qui s'était tenu à l'ULg en 2002, préfacé par Marcel Otte, a été rédigé par des historiens de l'art, des archéologues, des historiens, belges, français, allemand et néerlandais. On en retrouve aujourd'hui les conclusions avec énormément d'intérêt. La présentation de l'ouvrage collectif «La cathédrale gothique Saint-Lambert à Liège», édité par Erault (Etudes et recherches archéologiques de l'Université de Liège, tél. 04.366.54.67) sous la direction de Benoît Van den Bossche (chargé de cours à l'Ulg) s'est faite dans un décor plutôt surréaliste. On se trouve dans les travées formées par les étagères d'une sorte d'entrepôt. Nous sommes dans un des dépôts lapidaires du ministère de la Région wallonne, à Alleur.

Dans une des travées, posés sur des palettes en bois, une tête, un morceau de chapiteau de colonne, une forme de statue dont on devine quelques éléments d'habillement. Nous sommes devant des vestiges qui datent de plus de mille ans.

Malgré un environnement aussi froid, ces morceaux de cathédrale sont émouvants.

On oublie le temps, on essaye de resituer les vestiges dans ce qui a dû être leur environnement. On regrette que tous ces trésors, soigneusement répertoriés et classés sur des planches d'étagères, ne puissent être vus par le plus de monde possible. Il y a certainement des endroits où de pareils trésors pourraient être exposés. Mais ceci est une autre histoire.

Cela dit, ce livre que l'on peut se procurer dans les grandes librairies, est le dernier ouvrage en date réalisé par des spécialistes. Ce qui est particulièrement original dans cette publication est l'étude de la cathédrale Saint-Lambert dans un contexte précis et plus large que ce qui a été fait jusqu'à présent. Notamment en situant exactement la cathédrale liégeoise, reconstruite à partir de 1185 et terminée définitivement au XVe siècle seulement, par rapport à d'autres grandes cathédrales européennes.

On découvre des influences françaises dans l'architecture de ce grand édifice dans lequel pourtant d'autres caractéristiques se révèlent profondément germaniques. Bref, on peut dire de l'ancienne cathédrale, ce qu'on peut dire de la Principauté de Liège et de ses ressortissants (aujourd'hui encore): c'est un cas résolument «à part».

© La Libre Belgique 2005

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