Albert Thys, de la Berwine au fleuve Congo

C'est un ouvrage passionnant (1) qui vient de s'ajouter à la collection des Éditions du Comté de Dalhem (asbl Domaine touristique de Blégny-Mine). Il est signé Georges Defauwes, conservateur du musée communal Albert Thys de Dalhem, installé dans le complexe scolaire communal. Pour les aînés, le général Thys est une vieille connaissance, pour les moins jeunes, il suscite de vagues réminiscences liées au Congo belge et pour les jeunes, c'est un parfait inconnu!

LILY PORTUGAELS

C'est un ouvrage passionnant (1) qui vient de s'ajouter à la collection des Éditions du Comté de Dalhem (asbl Domaine touristique de Blégny-Mine). Il est signé Georges Defauwes, conservateur du musée communal Albert Thys de Dalhem, installé dans le complexe scolaire communal. Pour les aînés, le général Thys est une vieille connaissance, pour les moins jeunes, il suscite de vagues réminiscences liées au Congo belge et pour les jeunes, c'est un parfait inconnu!

Le livre de Georges Defauwes fait découvrir un aspect certainement peu connu de ce personnage hors du commun qui fut un des Belges les plus célèbres de la fin du 19e et du début du 20e siècle.

Son nom est lié à ceux de Léopold II et de l'explorateur Stanley. En 1876, un jeune et fringant lieutenant de 27 ans vient tout juste de sortir de l'École de guerre avec le brevet d'adjoint d'État-Major. Il s'est particulièrement intéressé à la géographie de l'Afrique, ce qui lui vaut d'être recommandé à Léopold II et d'être chargé du secrétariat pour les affaires coloniales, dans le cabinet du Roi. C'est le début d'une collaboration étroite qui s'achèvera en 1904 par sa démission. Malgré l'admiration qu'il avait pour son souverain, Albert Thys n'a plus voulu suivre Léopold II dans certaines opérations financières.

Pourtant, sa lucidité ne l'empêchera pas de conserver un souvenir ému et une grande admiration pour «le roi énergique qui a agrandi le domaine de sa patrie».

Contre vents et marées, Albert Thys relèvera l'extraordinaire défi du financement et de la création d'une ligne de chemin de fer de 388 km, reliant Matadi à Léopoldville, à travers des territoires réputés infranchissables. Cette ligne, inaugurée en 1898, a nécessité 99 ponts métalliques, 1250 aqueducs en acier, trois millions de m3 de terrassement pour un investissement de 872 millions de francs de l'époque. Elle a aussi coûté très cher en vies humaines : 132 blancs et 1800 noirs et Chinois! Profondément humain, Albert Thys s'insurge contre le racisme et s'élève vigoureusement contre le trafic d'esclaves mené par les Arabes.

Sous le titre «Le forgeron du rail», cette épopée a fait l'objet, dans le journal Spirou, d'un épisode de la célèbre série de BD «Les belles histoires de l'oncle Paul». Épisode que Georges Defauwes a eu l'excellente idée de reproduire dans son livre.

Albert Thys est né à Dalhem, le 28 novembre 1849. Son père est médecin, sa mère institutrice. Il va à l'école primaire du petit village de Bombaye. Dans son journal, il évoque avec émotion un instituteur qui aura une grande influence sur sa vie. On lit aussi avec attendrissement ses souvenirs de petit garçon sur le chemin de l'école, avec sa mallette, sa boîte à tartines contenant, exceptionnellement, un oeuf dur !

En 1877, Albert Thys avait épousé Julie Mottin, la fille d'un ingénieur des Chemins de fer. Il avait pour elle une véritable adoration qui ne s'est jamais démentie. Ils auront six enfants. Sa carrière l'avait amené à habiter Bruxelles mais il avait sa maison de campagne à Dalhem. Il y revenait régulièrement pour pêcher dans la Berwine, chasser ou simplement retrouver des amis. C'est à Bruxelles qu'il meurt le 10 février 1915. Depuis 1918, ce «grand remueur de pierres, d'hommes et de capitaux» repose dans le cimetière de Dalhem.

C'est Paul Bolland, gouverneur honoraire de la Province de Liège qui signe la préface. «Certes, écrit-il, le débat sur le système colonial du 19e siècle n'est pas clos et on peut avoir, sur la question, des appréciations nuancées et divergentes... mais là n'est pas le propos de l'auteur. Ce qu'a voulu Georges Defauwes, c'est nous faire découvrir un homme de chez nous, attaché aux siens et à son terroir (...)»

1- «Albert Thys, de Dalhem au Congo» par Georges Defauwes- 70 pages - nombreux documents et cartes- Éditions Domaine Touristique Blégny-Mine, 8 euros. Renseignements: 04/ 387.43.33.

© La Libre Belgique 2005