L'étonnante carrière d'Hippolyte Dumont

PAR LILY PORTUGAELS

Dans l'immense cirque de la carrière, un pan de roches s'effondre dans un nuage de poussière, accompagné du bruit sourd de l'explosion. Dans le petit groupe de spectateurs dûment casqués de jaune, Jean-Claude Marcourt, ministre PS wallon de l'Economie et du Commerce extérieur écoute les explications. On vient d'assister à un tir de mine de 10 000 tonnes de pierres. Des pierres qui seront concassées et cuites jusqu'à produire de la chaux et de la dolomie. Nous sommes dans l'entreprise Dumont-Wautier à Saint-Georges qui fait partie du puissant groupe Lhoist, un des premiers producteurs mondiaux de chaux et de dolomie, pour l'industrie, l'agriculture et l'environnement.

A l'issue de sa visite, le ministre Marcourt a souligné l'évolution de cette activité industrielle dans le domaine de l'utilisation de ses produits mais aussi en matière de procédés d'exploitation et de respect de l'environnement. Et ce, grâce aux recours à des technologies de pointe. Il rappela que les implications du plan Marshall dans ce type d'activité concernent la logistique et l'allégement de certaines taxes.

Dumont-Wautier aujourd'hui, c'est 240 emplois directs qui en génèrent 500 autres. Le chiffre d'affaires est de 123 millions d'euros. Le dernier des quatre fours rotatifs, un des plus modernes d'Europe, atteint une production de 1 000 tonnes par jour. Au début des années 1900, la capacité totale des 9 fours atteignait 700 tonnes par jour ce qui était considéré comme une véritable performance européenne.

Hippolyte Dumont est né, en 1861, à Clermont-sous-Huy dans une famille de sept enfants. Le père vendait de l'avoine aux maîtres carriers des environs. Le jeune Hippolyte, que l'on appelle plus souvent Léon, ne passe que deux ans à l'école primaire. Il commence à travailler très jeune, comme pointeur, dans les carrières Chainaye et Lhoist (le nom de Lhoist apparaît déjà dans l'histoire de Dumont!), à 20 ans il est déjà contremaître. En 1886, il obtient pour son compte, l'exploitation des carrières communales à Ampsin. En 1889, il épouse Caroline Wautier, jeune modiste rencontrée à Huy aux fêtes septennales. L'association des deux noms de famille formera la dénomination de la société qui prolonge l'histoire d'Hippolyte et Caroline. D'autres sites sont achetés qui sont équipés de fours performants. A St-Georges, Hermalle-sous-Huy (La Mallieue), aux Awirs, à Flémalle, la chaufournerie connaît un essor extraordinaire. La qualité de la pierre est remarquable et la Meuse toute proche facilite les transports.

En juin 1922, Hippolyte Dumont, devenu un industriel réputé qui a aussi été bourgmestre d'Ampsin pendant 17 ans, meurt d'une d'angine de poitrine. Depuis 1977, le nom Dumont a disparu de l'organigramme de la société. Mais en 1920, Hippolyte avait eu la joie de voir Clairette, une de ses filles, épouser le jeune Léon Lhoist, appartenant à une grande famille de carriers. Depuis la reprise de la S.A. Dumont-Wautier par le groupe Lhoist on peut dire qu'ainsi la boucle est bouclée !

© La Libre Belgique 2006