La génération "BlackBerry"

La révolution des nouvelles technologies de l’information et de la communication (Internet, etc.) a aussi imprimé sa marque dans le champ politique. Désormais, tout va très vite et les mandataires publics sont priés de commenter à chaud la moindre discussion un brin polémique Question : les rapports entre le journaliste et l’élu, et entre les politiciens eux-mêmes, ont-ils été modifiés pour la cause ? Nous avons interrogé quatre jeunes à ce sujet.

Frédéric Chardon
La génération "BlackBerry"
©Devoghel

La révolution des nouvelles technologies de l’information et de la communication (Internet, etc.) a aussi imprimé sa marque dans le champ politique. Désormais, tout va très vite et les mandataires publics sont priés de commenter à chaud la moindre discussion un brin polémique Question : les rapports entre le journaliste et l’élu, et entre les politiciens eux-mêmes, ont-ils été modifiés pour la cause ? Nous avons interrogé quatre jeunes à ce sujet.

Les tiraillements de la politique, Jean-Paul Bastin (CDH) les connaît bien, lui qui fut un temps bourgmestre de Malmedy. Aujourd’hui conseiller communal et conseiller provincial, ce trentenaire estime que la politique doit d’adapter au nouveau rythme médiatique. "Avec l’arrivée du BlackBerry et des autres appareils dans le genre, on a des infos sur des fichiers que l’on peut envoyer immédiatement aux journalistes, explique-t-il. Avant, il fallait un contact physique entre le journaliste et sa source, la remise en mains propres d’un dossier "papier". Cela impliquait une certaine lenteur. Maintenant, le scoop se retrouve quasi en temps réel sur les sites Internet des différents médias."

En effet, un SMS indiscret est vite envoyé Avec à la clef, parfois, une belle polémique dans les journaux du lendemain. Mais, aux yeux de l’humaniste, ces fuites facilitées par la technologie ne pourrissent pas les rapports entre mandataires : "Le jeu politique devient plus complexe mais il faut simplement s’y adapter. Par exemple, Yves Leterme ne peut plus négocier comme Dehaene le faisait il y a des années."

Toutefois, la distance professionnelle qui sépare le politicien du journaliste ne semble pas être remise en cause par cette proximité technologique. "Les politiciens tentent, au moins inconsciemment de séduire le journaliste, de développer à son égard une empathie toute particulière, ajoute Jean-Paul Bastin. Mais c’est réciproque, c’est un jeu de miroirs. Pourtant, l’indépendance des uns et des autres est toujours là. Je dirais même que les journalistes ont tendance ces dernières années à se distancier des politiques, à marquer plus fortement la différence des rôles."

Partons du côté du Parlement wallon (et de la Communauté française). Veronica Cremasco (34 ans), députée écolo et liégeoise, a été assez impressionnée par l’univers médiatique qu’elle a découvert il y a quelques mois. "Je suis frappée par la dépense d’énergie qui entoure les propos "en off" adressés aux journalistes, confie-t-elle. Quelqu’un dit une petite phrase assassine à un journaliste, ça sort dans la presse et puis tout le monde politique en parle pendant trois jours Parallèlement, certains beaux débats de société n’ont pas de relais dans la presse."

Au sujet du rapport aux médias selon les générations politiques : "Chez Ecolo, c’est vrai qu’il y a du changement par rapport à la génération précédente car on a aujourd’hui une couverture médiatique nettement plus grande. Elle implique d’aborder la communication avec plus de stratégie. Avant, quand un écolo passait à "Mise au Point", on était tous devant la télé, car c’était un évènement !"

Selon Fabian Culot, 30 ans, conseiller communal (Seraing) et provincial (et président des Jeunes MR de la province de Liège), les jeunes ont mieux compris que, désormais, pour faire passer des idées politiques, il faut veiller à leur impact dans les médias. "Au MR, précise-t-il, on a parfois cette éthique qui pousse à ne pas avoir de contacts personnalisés avec les journalistes car on a l’impression que ce ne serait pas honnête. Mais cette distance que s’impose le MR à lui-même est improductive : quand on pense qu’une idée est la meilleure, on estime que c’est suffisant en soi pour que la presse en parle, alors que d’autres vont enrober leur démagogie avec une belle communication "

En ce qui concerne les liens entre politiciens de bords différents, les évolutions actuelles ne perturbent pas les choses, selon Fabian Culot. "La génération politique des cinquantenaires a été très marquée par les "affaires". Tout ce monde-là se voit avec une certaine méfiance. Nous, notre apprentissage politique a été différent. Au sein des jeunes, je sens au contraire une proximité et une franchise avec les écolos, les humanistes et même avec les socialistes. "

Et le PS justement ? Pour Déborah Géradon (23 ans), la présidente des Jeunes socialistes de l’arrondissement de Liège, la nouvelle génération politique recourt mieux aux nouveaux médias tels que Twitter, Facebook, les blogs, etc., pour diffuser ses convictions.

Au sujet du PS, Déborah Géradon estime que sa formation, très touchée médiatiquement par divers scandales, doit rester transparente par rapport à son action et à ses valeurs. "Par exemple dans la dernière campagne électorale, Elio a vraiment bien fait de déclarer qu’il ne gouvernerait en aucun cas avec la droite. Cela a provoqué un recentrage médiatique sur le fond et les gens ont pu penser à ce qu’ils risquaient de perdre si le PS n’était plus au pouvoir."