Prendre "un bol d’art frais"

En Ardenne, on prend souvent un bol d’air frais, mais ici c’est "un bol d’art frais" auquel convient 19 artistes en tous genres qui ont pris ce bol en dérision pour livrer un aperçu de leur folle du logis avec pour seul but de divertir. C’est parfois délirant, quelquefois décevant mais il en reste surtout une bouffée d’humour bienvenue en cette fin d’automne.

Prendre "un bol d’art frais"
©D.R.

En Ardenne, on prend souvent un bol d’air frais, mais ici c’est "un bol d’art frais" auquel convient 19 artistes en tous genres qui ont pris ce bol en dérision pour livrer un aperçu de leur folle du logis avec pour seul but de divertir. C’est parfois délirant, quelquefois décevant mais il en reste surtout une bouffée d’humour bienvenue en cette fin d’automne.

L’Esneutois Olivier Dethier montre les deux uniques numéros du fanzine qu’il avait lancé, "L’Ouvre Bouteille", dessins en noir et blanc, ainsi que divers petits objets car il réalise aussi fresques murales, T-shirts en sérigraphie et mosaïques. Nadine Fabry a trouvé original de confectionner des gaufres en plâtre mais de couleur et de forme tout à fait réalistes. Chantal Dubois a recouvert de laine brute une brebis cuite au four et Benoît Galland propose une soupe aux poids (de balance) lourde dans l’assiette. Le dessinateur Philippe Gibbon, connu pour son ironie, s’est laissé aller aux 3D avec des sculptures en bois dont un certain John Lennon. Claire Kirkpatrick réalise des montages sur d’antiques publicités en y insérant partout une tête-de-loup. En photographie, Guillaume Lemaire montre des montages par superpositions et le sculpteur tilffois Philippe Ongena, renommé pour ses fontaines, a imaginé des grenouilles en petites séquences très humaines. Professionnel de la BD, Olivier Wozniak dévoile quelques planches en noir et blanc tirées de son dernier album. Enfin, les deux "vedettes" de cet ensemble habilement hétéroclite sont incontestablement André Stas avec ses habituels collages surréalistes et Marjac, dans le même art de la recomposition du réel, ou de sa décomposition, pour aboutir à un humour sarcastique riche de poésie et d’imaginaire. (1)

D’origine colombienne mais né à Liège, Orlando Kintero est une découverte, un artiste inclassable, dont le perfectionnisme et l’achèvement qu’il met à fignoler ses tableaux le situent d’emblée parmi les meilleurs professionnels du moment. Des études d’architecture technique lui ont laissé le goût pour l’utilisation de bâtiments qu’il capte de divers points de vue, et l’amour des perspectives à effet de relief. Les plans risqués qu’il se permet, usant de procédés du 7è art tels la plongée en cinémascope, ouvrent un univers étonnant qui n’est pas sans rappeler un des grands noms de la BD, François Schuiten. Kintero situe lui aussi des personnages esseulés, parfois un peu fantasques, ou encore des animaux, qu’il insère dans des décors urbains à couper le souffle. Il pratique d’autre part un graphisme décoratif chatoyant, sorte de graffiti luxueux à la limite de l’art déco, qui confère encore un autre aspect à son travail. Une année passée en Australie lui a certainement laissé des traces d’influences qui l’aident à s’exprimer de cette façon originale. (2)

On peut également évoquer une sorte d’exotisme chez Boris Mestchersky, fils d’une princesse russe et d’un Américain. Il pratique un art combinant la culture pop et la fougue slave savamment débridée. Entre un abstrait gestuel et le décoratif pur, il propose des huiles et des gouaches aux lignes et aux courbes entremêlées, pareilles à des morceaux de puzzles qui captivent le regard par le foisonnement et la richesse de couleurs souvent accrocheuses. Ce lyrisme graphique laisse comme sous le charme d’une mélodie musicale égrenée sur une balalaïka. (3)

(1) Musée de Comblain-au-Pont, jusqu’au 20 nov. (2) Art-Che galerie, jusqu’en novembre. (3) Carré d’art, jusqu’au 11 nov.