"L’Eros Center ne règle rien"

Eros Centers : deux mots pour qualifier ces complexes hôteliers d’un genre nouveau tout entiers dédiés au phénomène prostitutionnel. Depuis que la Ville de Liège a décidé il y a un peu plus de deux ans de fermer les salons de prostitution du centre-ville, l’idée d’en créer un sur le modèle anversois - où une "Villa Tinto", propriété du secteur privé, existe depuis 2005 - mais en confiant sa gestion au secteur associatif fait son chemin mais fait aussi débat.

"L’Eros Center ne règle rien"
©Benoit Vanzeveren
Bruno Boutsen

Eros Centers : deux mots pour qualifier ces complexes hôteliers d’un genre nouveau tout entiers dédiés au phénomène prostitutionnel. Depuis que la Ville de Liège a décidé il y a un peu plus de deux ans de fermer les salons de prostitution du centre-ville, l’idée d’en créer un sur le modèle anversois - où une "Villa Tinto", propriété du secteur privé, existe depuis 2005 - mais en confiant sa gestion au secteur associatif fait son chemin mais fait aussi débat.

En effet, le moins que l’on puisse écrire est que ce projet, rebaptisé depuis lors "Centre Isatis" du nom de l’ASBL (Initiative sociale d’aide aux travailleurs indépendants du sexe) appelée à gérer le centre, cristallise les passions et divise jusqu’à l’intérieur-même des partis. Il faut dire que ce sujet est complexe et profondément multiforme puisqu’à côté de la prostitution dite de salons, visée par la création d’un Eros Center, figure également la prostitution de rue, la prostitution dite de luxe ou encore désormais la prostitution via Internet. Pour les autorités publiques et les associations parties prenantes au projet, le but poursuivi est la lutte contre l’exclusion sociale et la traite des êtres humains. Mais ainsi que cela fut exprimé lors d’un colloque récent organisé à l’ULg, "il faut veiller à ne pas confondre un travailleur indépendant dans le domaine sexuel et une personne victime de la traite des êtres humains". Pour l’ASBL Icar, dont la fondatrice Michèle Villain préside l’ASBL porteuse du projet, "l’objectif est de cadrer la prostitution de vitrine en proposant des conditions de travail optimales aux filles qui sont en ordre au niveau social avec un statut d’indépendant".

Côté associatif, c’est précisément ce cadre restrictif qui ne fait pas l’unanimité. Ainsi, pour le responsable d’Espace P, une ASBL qui a refusé de participer au projet de "Centre Isatis", le fait d’imposer un statut d’indépendant va avoir pour effet de (r) envoyer une majorité de travailleuses du sexe dans la clandestinité. Côté politique, certains s’inquiètent du risque de banalisation de la prostitution par les pouvoirs publics. C’est ainsi que les membres du CDH liégeois sont bien mal pris dans ce dossier puisque le positionnement récent défini par le bureau politique du parti est clair. Il consiste en une opposition à la mise en place de complexes hôteliers du genre Eros Center et en une volonté de réduire de manière drastique la prostitution. Interrogé par nos soins, l’échevin liégeois Michel Firket affirme qu’"il faut faire la différence entre l’idéologie et le pragmatisme de la gestion communale".

Du côté de l’opposition, tant Ecolo que le MR ne sont pas opposés à la création d’un tel centre mais leur "oui" éventuel est assorti de plusieurs conditions. Dont, ainsi que nous l’explique Catherine Robert (MR), présidente de la Commission communale Femmes et Ville, un nécessaire soutien aux associations de terrain. "Clairement, l’Eros Center règle en partie le problème de la prostitution de salons mais il ne règle en rien celui de la prostitution de rue". Et la mandataire libérale d’évoquer également "un problème éthique" dû au fait que la Ville pourrait retirer un bénéfice de l’utilisation d’un futur Eros Center. Pour elle tout comme d’ailleurs pour l’échevin Firket, "il n’y a pas encore à l’heure actuelle de modèle sur lequel on peut se prononcer". Ce qui est sûr, c’est que l’échéance que le bourgmestre Demeyer s’est fixée pour trancher sur ce dossier, à savoir fin juin, risque de devoir être postposée.