L’Eros Center en perdition

Malgré ce qu’il avait promis en janvier dernier, le bourgmestre de Liège Willy Demeyer (PS) n’a pas encore pu dégager un accord au sein de sa majorité au sujet du projet d’Eros Center.

L’Eros Center en perdition
Bruno Boutsen

Malgré ce qu’il avait promis en janvier dernier, le bourgmestre de Liège Willy Demeyer (PS) n’a pas encore pu dégager un accord au sein de sa majorité au sujet du projet d’Eros Center. Depuis la fermeture des salons de prostitution du centre-ville survenue en 2009, les édiles communaux sont à la recherche, sur demande du secteur associatif, d’une solution visant à permettre aux prostituées de disposer d’un nouveau lieu pour exercer leur métier. Une ASBL dénommée Isatis (Initiative sociale d’aide aux travailleurs indépendants du sexe) fut même créée afin de réfléchir à cette problématique complexe et sensible.

Aussi, l’idée de mettre sur pied une structure de type Eros Center, sur le modèle de ce qui se fait depuis 2005 à Anvers, où une "Villa Tinto" est gérée par le privé mais en confiant sa gestion au secteur associatif, s’est vite imposée dans le chef du bourgmestre Demeyer. Reste que ce projet d’Eros Center, rebaptisé depuis lors Center Isatis, ne compte pas, loin s’en faut, que des partisans et divise profondément tant les associations concernées que la classe politique dans son ensemble.

Il y a un mois, la "Gazette" faisait le point sur ce dossier, évoquant des divergences intra-partis et une absence d’accord. Une absence de solution toujours de mise à l’heure actuelle au sein de la majorité communale. Et si le bourgmestre Demeyer temporise, évoquant des aspects techniques et déontologiques à régler et renvoyant à la rentrée pour une solution à ce sujet, on peut émettre des doutes sur sa capacité à en trouver d’ici là. Ainsi, si la libérale Elisabeth Fraipont croit encore au projet, arguant d’un soutien du parquet et de la police et estimant qu’il existe "un vide au niveau liégeois", ses collègues administrateurs de l’ASBL Isatis sont moins confiants. Il en est ainsi tant de Véronique De Keyser (PS), pour qui "les pierres d’achoppement sont multiples" et "les choses ne sont pas encore claires sur les objectifs à atteindre", que de Serge Carabin (CDH), lequel épingle plusieurs difficultés juridiques et financières et affirme que "ce projet d’Eros Center a clairement du plomb dans l’aile".

Il faut aussi tenir compte du fait que, ces derniers temps, les prises de position négatives quant à ce projet se sont succédé. Il en fut ainsi de la sortie récente de la présidente nationale des Femmes CDH relative à la volonté d’interdire la prostitution, vue comme "une atteinte à la dignité humaine". Mais on peut aussi évoquer celles de la Commission communale "Femmes et Ville", dont la présidente s’est exprimée dans nos colonnes, et du Conseil des femmes francophones, pour qui la création d’un Eros Center "ne répond pas aux nuisances liées à la prostitution" et "toute marchandisation du corps humain" est insupportable.