De la pub’art aux abstractions

Si Andy Warhol a inventé le pop’art, Philippe Waxweiler a peut-être lancé le pub’art ! Médiatique, ancré dans son époque, "Wax" a le talent d’intégrer dans ses toiles les thèmes et les personnages récurrents du temps ou des opportunités présentes, que ce soit les expos Simenon ou Picasso, le rappel de Proust, Wagner ou Mozart, sans négliger les "people" actuels, de Gainsbourg à José Brouwers en passant par la damoiselle chapeautée-auteur-d’un-annuel-mini-best-seller.

Jean Jour
De la pub’art aux abstractions

Chronique

Si Andy Warhol a inventé le pop’art, Philippe Waxweiler a peut-être lancé le pub’art ! Médiatique, ancré dans son époque, "Wax" a le talent d’intégrer dans ses toiles les thèmes et les personnages récurrents du temps ou des opportunités présentes, que ce soit les expos Simenon ou Picasso, le rappel de Proust, Wagner ou Mozart, sans négliger les "people" actuels, de Gainsbourg à José Brouwers (pour lequel il fait les décors de l’Arlequin), en passant par la damoiselle chapeautée-auteur-d’un-annuel-mini-best-seller.

On ne le lui reprochera pas. D’autant qu’il habille sous un humour de bonne convenance qui lui rallie les sympathies, des à-côtés piquants (mais si, mais si !), une ironie à la limite de la morsure, un dédain du papier monnaie (affiché par de vrais billets froissés dans plusieurs tableaux), et quelques autres allégories à lire entre les traits du pinceau. L’aspect publiciste, qui fut son métier, rapproche encore Waxweiler d’un Warhol et l’allure de pub qu’il donne parfois à ses tableaux s’apparente aux célèbres boîtes de soupe Cambell ou aux Marilyn démultipliées.

Waxweiler a toujours su où il va : vers soi-même, plus loin, plus haut. Les quatre périodes de cette seconde rétrospective (graphismes, reliefs, portraits, décors) en témoignent. Son ego, à première vue satisfait, fidèle à lui-même, à ses couleurs accrocheuses flamboyantes, il laisse néanmoins, sur les fonds bleutés qui s’assombrissent, sourdre une solitaire inquiétude. Peut-être, qui sait, face à cette notoriété qu’on lui reconnaît depuis longtemps. (1)

Après les croquis des rues liégeoises pittoresques qu’elle dessinait voici une vingtaine d’années, Marylène Baguette présente, après une longue absence, une autre face moins évidente de ses possibilités. Il n’est pas toujours donné de foncer dans l’abstraction en noir et blanc pour déconstruire des paysages intérieurs, pareils à des lavis formatés dans leur espace, mais sa fidélité à l’absence de couleur reste sa "marque" spécifique.

Marie-Louise Andreux, au contraire, trempe son imaginaire dans un grand bol de couleurs et son abstrait à la limite du tachisme se déploie tel des ailes, à première vue en toute liberté, mais dans un cheminement qu’on devine volontaire, découvrant sous sa turbulence des images à reconstruire. (2)

Venue du Village des Artistes de la place Cathédrale, Madeleine Defawes montre des aquarelles aux teintes légères et aux thèmes divers : portraits d’enfants, paysages enluminés, cabanon, phare sur une jetée, têtes d’animaux. Son regard reste centré sur le sujet, les fonds blancs faisant ressortir l’image mais trahissant peut-être aussi l’appréhension de structurer un décor. (3)

Travaillant la pierre, le schiste, le bronze, Christian Cadelli donne à ses sculptures de personnages féminins quasi filiformes une allure éthérée qui semble les faire s’envoler sur des disques lunaires ou des fonds géométriques. Ses mosaïques de petites pierres fixées sur des socles métalliques apportent une touche colorée dans un univers à première vue assez froid. Les peintures de Joëlle Vincent hésitent entre le figuratif (est-ce la mer ? est-ce une forêt ?) qui ne l’est pas et un abstrait qui ne l’est pas davantage, le tout en tonalités neutres demeurant dans un flou brumeux qui n’apporte aucune atmosphère. (4)

(1) Château de Waroux, oct. (2) Galerie Orpheu, jusqu’au 10 oct. (3) Le Donatello, Laveu, oct. (4) Galerie Venta, jusqu’au 23 oct.