La prise en charge fait débat

Yves De Keyser est un psychologue spécialisé dans l’aide aux victimes. Il travaille notamment en collaboration avec l’assureur Ethias, qui a orienté vers son cabinet plusieurs victimes de la tuerie de la place Saint-Lambert. Parmi elles, Liliane Willemme et Fabienne Meunier. La première a été blessée par un éclat de grenade. La seconde est indemne physiquement mais est ressortie de ce drame traumatisée. Elle a perdu 8 kilos en une semaine.

Isabelle Lemaire

Yves De Keyser est un psychologue spécialisé dans l’aide aux victimes. Il travaille notamment en collaboration avec l’assureur Ethias, qui a orienté vers son cabinet plusieurs victimes de la tuerie de la place Saint-Lambert. Parmi elles, Liliane Willemme et Fabienne Meunier. La première a été blessée par un éclat de grenade. La seconde est indemne physiquement mais est ressortie de ce drame traumatisée. Elle a perdu 8 kilos en une semaine.

Quelques jours à peine après la tragédie, elles ont consulté Yves De Keyser et été traitées avec une méthode appelée EMDR. "Il s’agit d’une technique qui permet de désensibiliser les souvenirs douloureux et retrouver un équilibre sans avoir recours à la psychanalyse. Elle consiste à stimuler les réflexes oculaires pendant que le patient se concentre sur l’image traumatisante. Cette méthode prévient l’apparition d’un syndrome de stress post-traumatique (SSPT). De plus, deux à trois séances suffisent et c’est la seule qui soit efficace à 100 %", explique-t-il. Fabienne Meunier raconte comment cette technique l’a aidée. "Après la première séance, j’ai retrouvé l’appétit et le sommeil. Et après la seconde, j’ai pu reprendre le bus." Liliane Willemme est du même avis. "Je culpabilisais car j’avais piétiné des gens pour me sauver et je mourais de peur. Les trois séances m’ont apporté un grand soulagement et de l’apaisement."

Mais l’approche du psychologue ne fait pas l’unanimité. Deux jours après la fusillade, Yves De Keyser poste un message sur le blog ouvert par la Croix-Rouge pour informer les victimes sur les réactions que peut engendrer un tel traumatisme. Il y explique en quoi consiste l’EMDR. La réponse de la Croix-Rouge sur le blog est sans appel. "Il est trop tôt pour recommander l’EMDR aux personnes touchées. Actuellement, notre appui est dit "psychosocial" et nous partons du concept éprouvé qu’elles vont se rétablir spontanément avec leurs capacités personnelles innées, leurs bonnes intuitions, l’aide de leurs proches et quelques recommandations de ce blog. Si après deux ou trois mois certaines personnes avaient encore des réactions fortes, il serait opportun de penser aux techniques psychologiques." Et la Croix-Rouge supprime le commentaire. Yves De Keyser fulmine. "C’est criminel d’empêcher les gens d’avoir accès à cette méthode car des problèmes vont persister", dit-il.

Contactée, la Croix-Rouge réagit, par la voix d’Olivier Nyssens, du Service d’intervention psychosociale urgente. "Les pratiques internationales montrent qu’il ne faut pas entreprendre de thérapie individuelle avant six à huit semaines, le temps nécessaire pour apprécier si la victime souffre bel et bien de SSPT qui, lui, doit être traité. 90 % des victimes se remettent toutes seules, grâce à un entourage bienveillant ou à une approche psychosociale. Quant à l’EMDR, c’est une méthode efficace mais dans une urgence collective, cette démarche individuelle est peu indiquée. Et c’est se tromper de combat que de l’appliquer si vite."

Si l’EMDR reste une méthode contestée, deux mois d’attente pour des victimes en souffrance, cela semble une éternité. Chez Ethias, la cellule d’aide aux victimes a orienté 21victimes directes ou indirectes de la tuerie vers des psychologues. Sa responsable, Michèle Brichaux précise la politique de la maison en la matière. "Nos psychologues prônent une prise en charge psychologique rapide après de tels faits mais pas de médication. Nous mettons en place des débriefings collectifs (avec le personnel des Tec par exemple) ou un suivi individuel avec des psychologues indépendants, soigneusement sélectionnés pour leurs compétences en la matière. Nous nous sommes beaucoup informés sur l’EMDR, au vu des excellents résultats qu’il procure, il est devenu la méthode de référence choisie par Ethias pour gérer le stress aigu des victimes."