Le lot des logopèdes

Les inscriptions en logopédie sont ouvertes en hautes écoles mais l’accès à la formation inquiète. L’offre du ministre est jugée insuffisante par la Fef.

Yannick Gody (st.)
Le lot des logopèdes
©Bruno Devoghel

Le 2 juillet dernier, environ 300 candidats aux études de logopédie se sont pressés au guichet des inscriptions de la Haute École de la Ville, rue Hazinelle. La plupart venaient de France et avaient pris place devant l’établissement depuis la veille. Cet afflux d’étudiants étrangers a été déclenché par un changement de législation. En effet, le 31 mai 2011, suite à une décision de la Cour constitutionnelle, le quota de 30 % maximum d’étudiants non-résidents a été supprimé pour l’accès au bachelier en logopédie dans les hautes écoles tandis que la mesure a été maintenue notamment en médecine vétérinaire et en kinésithérapie. Cette distinction s’explique par le statut paramédical de la filière et par le fait que les inscriptions d’étudiants résidents en première année sont assez nombreuses pour ne pas causer de problèmes de santé publique plus tard.

En France, l’accès aux études de logopédie étant soumis à un examen d’entrée réputé difficile, plusieurs centaines de jeunes ont préféré passer la frontière pour entreprendre leurs études. Etudiante belge fraîchement diplômée en logopédie du Barbou, Charlotte Lecart a cependant observé un changement de la qualité de la formation. "Ils ont accepté beaucoup trop de monde et les élèves en ont pâti. Certains cours devaient être organisés avec les autres sections comme les kinés, les ergo et les infi. Un examen a même commencé une demi-heure en retard parce que le local était programmé pour deux sections .. Cela a eu des répercussions sur le taux d’échec". Malgré le constat de cette dernière, Laura Preud’homme a passé une année scolaire harmonieuse sur les bancs du Barbou avec ses camarades de classe françaises. "Elles sont souvent enchantées de l’accueil qu’elles reçoivent. On se voit plus comme des étudiantes en logopédie que comme des étudiantes résidentes ou non".

Face à ce trop-plein apparent d’étudiants en logopédie, le ministre de l’Enseignement supérieur Jean-Claude Marcourt (PS) a indiqué que le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles débloquera 300 000 euros pour aider les écoles de logopédie submergés par une trop forte demande. Cette somme sera selon lui insuffisante pour créer de nouvelles infrastructures mais elle permettra vraisemblablement une meilleure gestion des cours.

Contacté par nos soins, le président de la Fédération des étudiants francophones (Fef) Michael Verbauwhede fait part quant à lui de son souhait de voir le quota de non-résidents réinstauré. "Ce qui nous fait peur, c’est que l’on ferme la porte à certains étudiants. C’est ce qui risque de se passer, or c’est illégal. Par ailleurs, la somme débloquée par la Fédération Wallonie-Bruxelles est une goutte d’eau dans l’océan. Elle servira tout au plus à rémunérer six enseignants à temps plein supplémentaires". Face à cette situation, la Fef préconise plus de moyens financiers et davantage de collaboration entre la Belgique et la France afin que ces futurs spécialistes des troubles de la communication ne pâtissent pas d’un manque de dialogue.