"Nous sommes selîdaires"

Qui est libre samedi prochain pour m’aider à creuser une mare dans mon jardin ? Qui désire que je lui apprenne à construire une maison en paille ? ". La réunion mensuelle du Service d’échange local de Liège (Selîdje) est à peine ouverte que le tableau des propositions est déjà quasi plein. Un lundi par mois, une quinzaine de Liégeois se retrouvent ainsi pour échanger un repas, un coup de main ou encore une nouvelle façon de voir le monde.

Qui est libre samedi prochain pour m’aider à creuser une mare dans mon jardin ? Qui désire que je lui apprenne à construire une maison en paille ? ". La réunion mensuelle du Service d’échange local de Liège (Selîdje) est à peine ouverte que le tableau des propositions est déjà quasi plein. Un lundi par mois, une quinzaine de Liégeois se retrouvent ainsi pour échanger un repas, un coup de main ou encore une nouvelle façon de voir le monde.

En devenant membre de cette association, les participants s’engagent à offrir une compétence dans un domaine particulier, service en échange duquel ils bénéficieront à leur tour des connaissances de leurs voisins. L’argent est exclu de ce cercle. Les prestations donnent droit à une autre forme de crédit : la rawette pour quinze minutes de service rendu et le brol pour une heure. Mais pour la plupart des participants, cette monnaie est purement symbolique et le Selîdje occupe une autre place dans leur quotidien.

Jacques est militaire de carrière. Pour lui et son épouse Martine, l’auberge espagnole que constitue le Selîdje représente bien plus qu’un moyen de réquisitionner quelques paires de mains supplémentaires en vue de repeindre son plafond ou de tondre sa pelouse. "Nous avons intégré ce club pour redécouvrir l’autre et retrouver certaines valeurs comme le respect de la parole donnée et une certaine camaraderie", expliquent-ils. "C’est un moyen de sortir de la consommation. Après s’être rencontré sur un chantier du Selîdje, il nous arrive bien souvent de nous entraider mais sans tenir compte des crédits", complète Jean.

Toutefois, le Service d’échange local de Liège interdit formellement à ses participants d’exercer leur métier en son sein afin de ne pas causer de concurrence déloyale aux corps de métier.

Dans cette assemblée sans mode d’emploi ni hiérarchie, Françoise Matagne coordonne les opérations. Ne s’épanouissant pas complètement en tant que professeur d’éducation physique, elle a parcouru le monde à la recherche d’une solidarité perdue. Son périple l’a ainsi conduit de l’Océanie à l’Amérique latine. Désormais aussi épanouie que "l’homme qui marchait dans sa tête", Françoise Matagne reste profondément marquée par son séjour dans la compagnie colombienne de Maria. "Lévi-Strauss affirmait qu’il fallait rencontrer le primitif pour comprendre notre propre mentalité. Je comprends que nous avons préféré la technique à la terre et cela a dénaturé nos rapports".

De retour en Belgique, l’exploratrice a décidé de reprendre le flambeau du Selîdje après le désistement des ASBL A contre courant et Simplicité volontaire. "Au début, il a fallu repousser certains participants farfelus tels une dame venue chercher l’âme sœur dans le club, se rappelle-t-elle. Mais, à présent, un contact s’est vraiment créé entre les membres et les bénévoles". Le 3 septembre prochain, ce cénacle de la convivialité accueillera donc de nouveaux visages pour de nouveaux échanges. Yannick Gody (st.)