Le faubourg du cœur se meurt peu à peu

Privé d’infrastructures et de services de base, Amercœur est sinistré.

Le faubourg du cœur se meurt peu à peu
©Bruno Devoghel
Isabelle Lemaire

Coincé entre Outremeuse, le Longdoz et Bressoux, le petit quartier d’Amercœur (surnommé le faubourg du cœur), peuplé de 10000 habitants, semble oublié de tous. Autrefois zone verdoyante et prospère, il a lentement sombré dans la sinistrose. La porte d’entrée de Liège par la nationale 3 est gangrenée par la paupérisation, le manque de mixité et d’infrastructures les plus élémentaires.

Le comité de quartier a le cœur amer et relève une impressionnante série de problèmes mettant à mal le bien-vivre. "Nous n’avons quasiment plus de commerces. Pour faire nos courses, même de base comme acheter un journal, nous devons aller à Bressoux ou à la Médiacité", déplore Joseph Preud’homme, son président. Et de fait, le nombre de cellules commerciales vides est très important. Certaines enseignes qui ont fermé il y a plus de dix ans n’ont toujours pas trouvé de repreneur.

Le logement connaît une grave crise en Amercœur. Le quartier se classe bon dernier d’une étude réalisée par des notaires liégeois. Prix d’achat moyen d’une maison : 80000 euros. Mais il y a pire. "On trouve beaucoup de taudis et le business des marchands de sommeil est florissant. Il n’est pas rare de voir à la porte de simples maisons d’habitation cinq ou six sonnettes. J’en ai déjà compté dix. Et on "aménage" des logements dans des locaux tout à fait inadaptés comme ces bureaux d’un ancien garage automobile", déclare Alain Verwichte.

Cour des miracles

Le quartier est peuplé majoritairement de personnes issues de l’immigration, dont des primo-arrivants souvent logés dans des conditions indignes. Un bloc résidentiel cristallise particulièrement cette problématique : la tristement célèbre cour Saint-Remacle, rebaptisée cour des miracles. Dans ces taudis, s’entassent des immigrés et des illégaux exploités par des propriétaires véreux. La cour connaît régulièrement des explosions de violence (meurtres, bagarres, agressions), des accidents graves (incendies ) et les trafics en tout genre y sont légion. "La police et les pompiers y font de grosses descentes mais dès qu’ils ont le dos tourné, ça recommence. C’est devenu une zone de non-droit", explique Joseph Preud’homme.

La sécurité, justement, encore une épine dans le cœur du faubourg. "Nous n’avons pas de commissariat et donc pas d’agent de quartier. Une policière du Longdoz fait le tour du quartier en voiture pour glisser les convocations dans les boîtes aux lettres", indique le président. Le sentiment d’insécurité va grandissant. "Cambriolages dans les maisons, trafic de drogue en pleine rue En 2010, on a demandé à la Ville d’installer une caméra de surveillance à un endroit critique. Refusé !", pointe Jean-Pierre Maréchal.

A cette liste noire déjà bien longue, s’ajoute l’absence d’une mairie de quartier, d’une salle de spectacles ou de sports et d’une maison de jeunes. Face à ce triste constat, le comité de quartier ne se résigne pas. Il continue d’interpeller les pouvoirs publics et voit dans le projet de reconversion des anciens hangars du Tec (voir ci-dessous) une bouffée d’oxygène pour Amercœur. "Et puis, si on avait un élu du quartier au Conseil communal, cela ferait peut-être bouger les choses "