Un quartier à cicatriser

"Un quartier à recoudre", écrivait déjà la "Gazette de Liége" le 7 février 2011 relativement à la nécessité, dixit le ministre wallon du Logement Jean-Marc Nollet (Ecolo), "de panser les plaies urbanistiques laissées par cette catastrophe".

Un quartier à cicatriser
©Devoghel
Bruno Boutsen

"Un quartier à recoudre", écrivait déjà la "Gazette de Liége" le 7 février 2011 relativement à la nécessité, dixit le ministre wallon du Logement Jean-Marc Nollet (Ecolo), "de panser les plaies urbanistiques laissées par cette catastrophe (NDLR : il faisait référence en l’espèce à la terrible explosion de la rue Léopold survenue un an auparavant) et de permettre au quartier de se recoudre". À cette époque, le ministre régional était venu annoncer une subvention supplémentaire de 300000 euros destinée à la Régie foncière de la Ville et censée aider celle-ci à devenir propriétaire des cinq parcelles les plus touchées par l’explosion. Assortie de conditions (dont celle de veiller à la mixité des fonctions dans un quartier sinistré), cette aide wallonne s’ajoutait alors au préfinancement par le Centre régional d’aide aux communes d’un million d’euros obtenu de haute lutte par les édiles liégeois.

Plus de deux ans après cette annonce, le Conseil communal de Liège avait ce lundi soir à son ordre du jour un point important ayant trait à la volonté de la Ville de réaliser dans le quartier dit de la rue Léopold "une action d’aménagement globale et concertée, d’initiative communale, visant à restructurer, assainir ou rétablir ce quartier [ ]". Sous un long intitulé, faisant en l’espèce référence aux conclusions récentes de l’étude du bureau Baumans-Deffet sur laquelle s’est basé le collège communal (voir notre édition du 19 mars dernier), il était en fait question de la délimitation d’un périmètre de rénovation urbaine (en abrégé PRU) dont la reconnaissance est d’ailleurs sollicitée auprès du gouvernement wallon.

En préambule au débat, l’échevine en charge de l’Aménagement du territoire Maggy Yerna (PS) a (re)fait un rapide mais édifiant diagnostic d’un quartier trop longtemps oublié voire même rejeté. Insistant sur la vocation commerciale de ce quartier historique, elle a également rappelé que le collège avait entamé une réflexion sur le quartier Cathédrale-Nord, développant dès 2008 une politique d’acquisition d’immeubles. Au travers du projet "Vivre en ville", l’idée était déjà de participer à la requalification du quartier en y (re) créant du logement et des surfaces commerciales. Avant de céder la parole aux conseillers, l’échevine a aussi listé les objectifs recherchés au travers dudit PRU (cadre urbain de qualité, quartier de cœur de ville plurifonctionnel, etc.) ainsi que les actions prioritaires définies (reconstruction des dents creuses, rénovation des façades, etc.).

Globalement, l’avis du Conseil communal fut plutôt positif, et ce même si les groupes d’opposition PTB et Vega ont toutefois émis leur lot de critiques. C’est ainsi qu’après avoir salué le geste posé par la Ville, François Schreuer (Vega) a relevé "plusieurs lacunes". À commencer selon lui par un périmètre jugé trop restreint - ce qui rejoint l’avis du PTB et d’Ecolo. Mais sa critique principale, tout comme celle de Raoul Hedebouw (PTB), a trait au "risque de gentrification" qu’engendre, d’après eux, le projet envisagé. Une critique balayée par Maggy Yerna, qualifiant ce raisonnement de "simpliste", pour qui il ne faut pas confondre amélioration de la qualité du logement et exclusion de certains types d’habitants. Un autre manque évoqué est relatif à la mobilité qu’il convient, selon les conseillers précités - et c’est également l’avis tant de l’échevine que du bourgmestre -, d’inscrire dans un cadre global. À cet égard et en prévision de l’arrivée future du tram (lequel doit traverser le quartier), ces derniers ont plaidé pour que le Plan urbain de mobilité sorte enfin ses effets. Sur les autres bancs, point de critique majeure si ce n’est, côté Ecolo et MR, une crainte quant aux nécessaires expropriations à mener dans le quartier et à la maîtrise foncière à acquérir dans le chef de la Ville. Interpellée sur ces points, Maggy Yerna s’est voulue plutôt rassurante, du moins pour ce qui est des expropriations. Et de souligner : "Notre maîtrise foncière doit certes être importante mais il faut trouver des sources de financement et ce qui compte, c’est l’échelle des projets à mener".