Liège: "La police de papa, c’est fini"

Le chef de corps Christian Beaupère va entamer un quatrième mandat.

Entretien Bruno Boutsen
LIEGE. PORTRAIT DE CHRISTIAN BEAUPERE, COMMISSAIRE EN CHEF DE LA POLICE DE LIEGE. Photo michel tonneau
LIEGE. PORTRAIT DE CHRISTIAN BEAUPERE, COMMISSAIRE EN CHEF DE LA POLICE DE LIEGE. Photo michel tonneau ©TONNEAU

À l’instar du site Internet de la police liégeoise, l’homme est d’apparence simple et conviviale. Et pourtant, en tant que chef de corps de la zone de police de Liège, soit une zone mono-communale totalisant plus de 1 000 agents, Christian Beaupère ne manque pas d’occupations. Né au Congo et volontiers rieur, ce dernier aime à rappeler qu’il a commencé au bas de l’échelle, ayant été actif tant au sein de différents commissariats de quartier qu’en intervention ainsi qu’au service prévention de la police. Depuis 2000, soit un bail de quinze ans qu’il partage avec le bourgmestre Willy Demeyer dont il est un proche, il préside aux destinées de la police locale. Âgé de 60 ans, Christian Beaupère vient d’être renouvelé, sans que presque personne n’y trouve rien à redire, à son poste de chef de corps. En cette rentrée chargée, il a reçu la "Gazette" dans son bureau de l’hôtel de police de la rue Natalis afin d’évoquer à la fois son bilan et les priorités qu’il compte encore mettre en œuvre durant son quatrième mandat.

Vous voilà donc reconduit comme c’était prévu à votre poste de chef de corps pour la quatrième fois consécutive, ce qui veut dire que vous semblez faire l’unanimité. Comment l’expliquez-vous ?

Je tiens à rappeler que cela ne tombe pas du ciel et que mon renouvellement s’est effectué en plusieurs étapes. Une commission d’évaluation où siègent le bourgmestre et le procureur du Roi ainsi que l’inspection générale des services ont donné leur avis. Un avis que le Conseil communal a bien voulu suivre mais qui se base sur un rapport motivé. Je suppose donc que le travail accompli a pu jouer ainsi que la façon de faire qui est la mienne. J’ai toujours tenté de pratiquer la plus grande transparence vis-à-vis de l’action policière qui est en outre soumise à un contrôle démocratique. Ainsi, dès que les dossiers l’exigent comme ce fut le cas par exemple pour les caméras, on organise des séances de commissions à l’hôtel de police. Pour ma part, je suis également présent chaque semaine aux réunions du collège communal. Je pense d’ailleurs à cet égard qu’on va clairement au-delà de ce qui est prévu par la loi.

Après des années fastes, si on peut dire, pour la police liégeoise, elle a dû faire face ces derniers temps à une réduction des effectifs ainsi qu’à une rigueur budgétaire…

Il est un fait que nous avons dû faire plus avec des moyens équivalents, ce qui a impliqué des économies d’échelle. S’il a diminué, le cadre est fixé à 1 055 agents alors que l’effectif légal est de 1 113 policiers. On n’est donc pas très loin de la norme KUL (N.D.L.R. : fixée à la suite de la réforme des polices). Et ce manque est compensé par le fait que nous avons plus de personnes issues du cadre administratif et logistique. Mais nous manquons toujours d’inspecteurs principaux, ce qui implique de mettre davantage l’accent sur la formation car il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus. Au rayon budgétaire, la rigueur actuelle implique une réorganisation, le but étant un meilleur rendement des agents et un meilleur service aux citoyens. Des mesures sont prises comme le fait de pouvoir disposer d’ordinateurs portables sur le terrain. Des circonstances exceptionnelles nécessitent également une adaptation des horaires.

On ne peut nier que la zone de police de Liège a été pour le moins gâtée ces dernières années en matière immobilière…

Il est vrai que beaucoup d’investissements ont été opérés et c’est d’ailleurs là un des mérites de la réforme des polices. Mais c’était nécessaire car la zone de police de Liège était en retard. On peut ainsi mentionner entre autres les nouveaux commissariats de quartier à Saint-Léonard et à Grivegnée ainsi que l’ouverture du commissariat Wallonie Liège-Centre. Le dossier des Guillemins va quant à lui bientôt aboutir et c’est le cas aussi pour la brigade canine, sans oublier ce qui a été réalisé concernant le centre de maîtrise de la violence. Nous constatons en effet une augmentation si pas des faits de violence du moins de la violence en tant que telle. Cela implique une spécialisation des policiers et particulièrement de ceux qui sont amenés à être en première ligne et à prendre des coups (N.D.L.R. : les agents du PAB).

La police locale a dû faire face cette année à la menace terroriste. Comment a-t-elle été appréhendée par vos services et quel est aujourd’hui le niveau d’alerte ?

Depuis la tuerie de masse de type Amok qu’il nous a été donné de vivre en 2012 avec le cas Amrani, 350 policiers ont été préparés à intervenir lors de pareilles situations. Ils ont notamment été formés à analyser et à détecter la menace. C’est un travail mené conjointement avec le parquet qui est aussi attentif à cela. La police veille également à faire remonter l’information des quartiers. Si la tension semble redescendue, le niveau d’alerte est toujours élevé pour ce qui est des policiers et les mesures prises en janvier (port du gilet par balles…) ont donc été prolongées.

Cette hypersécurisation ne va-t-elle pas à l’encontre d’une volonté de proximité entre les services de police et la population que vous avez toujours revendiquée ?

Je ne le pense pas et nous faisons ce qu’il faut pour éviter cela. Ce que la majorité des gens demandent, c’est de la sécurité et de la proximité. La résolution des problèmes de quartier est le quotidien des policiers comme ce fut le cas avec la mise en piétonnier de la rue de la Casquette par exemple. On peut véritablement parler d’une culture de la proximité au sein de la police de Liège. J’ai toujours privilégié une approche préventive et la notion de relais est essentielle pour moi. À cet égard, je juge d’ailleurs positivement l’association des citoyens au travail policier au travers des plans locaux de prévention.

Lors de la rentrée judiciaire, le procureur général de Liège a estimé que la sanction pénale n’était pas forcément dissuasive. Quel est votre regard sur ce sujet ?

Il est vrai que ce n’est pas toujours la solution et il faut prendre en compte le fait que les tribunaux sont noyés. La volonté de la police est donc de limiter ou en tout cas de mieux cibler ses interventions. C’est le cas entre autres pour ce qui est des marchands de sommeil ou des fermetures administratives de cafés. Car il est clair que la police de papa, c’est terminé et que la proactivité policière a augmenté, sans doute par nécessité.

Un mot enfin sur l’importance évolution en matière de sanctions administratives communales. Est-ce selon vous un bien ou un mal et quid du risque d’arbitraire ?

Cette extension de la police administrative est selon moi positive. La prison n’est pas la solution à tout et force est de constater que les tribunaux sont surchargés. Le nombre de SAC est en hausse et cela permet d’éviter le sentiment d’impunité dans le chef des citoyens. Il n’y a pas de risque d’arbitraire au vu des garanties légales.