L’orchestre contre l’exclusion

Depuis octobre, près de 200 enfants apprennent la musique via le projet El Sistema.

LIEGE. AU CENTRE CULTUREL DE DROIXHE, L ORPL ET DES ENFANTS JOUENT DANS LE CADRE DE REMUA. Photo Michel Tonneau
LIEGE. AU CENTRE CULTUREL DE DROIXHE, L ORPL ET DES ENFANTS JOUENT DANS LE CADRE DE REMUA. Photo Michel Tonneau ©TONNEAU
Aude Quinet

Depuis octobre, près de 200 enfants apprennent la musique via le projet El Sistema.

L’orchestre dans la cité comme instrument d’intégration sociale", tel est l’objectif du projet musical El Sistema Liège mis en place par l’Orchestre philharmonique royal de Liège (OPRL) et l’ASBL Remua (Réseau de musiciens-intervenants en ateliers), et qui bénéficie du soutien de la Ville de Liège tant d’un point de vue financier que structurel. "La Ville et l’OPRL se sont unis pour réunir le budget de 85 000 euros (pour deux ans, NDLR), renforcé et soutenu par la Loterie nationale et par un partenaire privé, BNP Paribas Fortis Foundation", commente Jean-Pierre Hupkens, échevin de la Culture (PS) et président de l’OPRL.

Déjà développé à Bruxelles et à Mons par les équipes de Remua, et s’inspirant du programme d’éducation musicale développé il y a une trentaine d’années au Venezuela par José Antonio Abreau prônant "l’art musical comme école de vie sociale, permettant aux enfants de viser l’excellence et de construire un esprit de solidarité à travers la discipline de l’orchestre", le projet offre gratuitement à des enfants provenant de divers quartiers de Liège dits plus "défavorisés", et ce durant deux années scolaires, une formation musicale ainsi qu’un encadrement professionnel. "Notre objectif est d’utiliser la musique comme levier contre l’exclusion sociale", souligne Jean-Pierre Hupkens. Et le bourgmestre de Liège Willy Demeyer (PS) d’ajouter : "Je pense qu’avec de beaux projets culturels, des enfants favorisés ou non peuvent avoir l’étincelle, celle de savoir qu’ils sont capables de créer, travailler en groupe, qu’ils valent quelque chose…"

Des enfants de 6 à 12 ans

Depuis le mois d’octobre, ce sont près de 200 enfants, âgés de 6 à 12 ans, qui apprennent en ateliers collectifs, soit un instrument (à raison de quatre heures par semaine), prêté par Remua, soit le chant (deux heures par semaine) au sein de leur école ou en activité parascolaire, via les maisons de quartier ou centres culturels. L’objectif étant que ceux-ci forment des orchestres et chœurs de quartier. Le projet mobilise notamment les écoles de Morinval, Basse-Wez, Bressoux, Glain, Wandre, Saint-Léonard et Cointe, tous réseaux scolaires confondus. Les enfants ont ainsi l’occasion d’apprendre les bases musicales et techniques, les règles du travail en orchestre ou en chœur, mais aussi de développer écoute, attention et persévérance, comme le spécifient les initiateurs du projet. En tout, huit musiciens-intervenants de Remua (un par groupe de douze enfants) assurent cette formation chaque semaine dans différentes disciplines (violon, violoncelle, flûte, clarinette, saxophone, trompette et chant) tandis que dix musiciens de l’OPRL se rendent sur le terrain ponctuellement afin de travailler avec les enfants et les accompagner lors de répétitions en orchestre.

Une répétition "en tutti"

Ce mercredi après-midi, à l’Espace Georges Truffaut à Droixhe, une répétition dite "en tutti" rassemblait les apprentis instrumentistes ainsi que des musiciens de Remua et de l’OPRL. Si ces derniers jouaient la partie la plus compliquée, les apprentis mélomanes complétaient la partition en jouant une partie adaptée à leur niveau et composée spécialement pour eux par le chef d’orchestre Nick Hayes, compositeur et arrangeur et chef en résidence à Remua. "Le but, c’est, pour la première fois, les confronter à la musique classique, leur apprendre à tenir un instrument, découvrir les notes, jouer ensemble, écouter et faire des rencontres", explique Kee-Soon Bosseaux, violoniste-intervenante chez Remua. Une expérience qui ravit Gladys (8 ans) qui a choisi le violon pour instrument. "J’ai appris combien il y avait de cordes, comment il fallait jouer et quel son ça faisait, témoigne-t-elle. Maintenant, chaque fois que je m’ennuie, je prends le violon et je m’entraîne", mais ce qu’elle préfère surtout, c’est "jouer en groupe". Même chose pour Youssra (9 ans) qui confie en outre avoir "appris à tenir le violon et tenir l’archet".

En mai prochain, les enfants (à savoir 126 en chœur et 79 instrumentistes) et près de 50 musiciens de l’OPRL donneront ensemble deux concerts en milieu scolaire (le 27 mai) ainsi qu’un concert public gratuit à la Salle philharmonique de Liège (le 28 mai) avec un programme centré sur les femmes musiciennes à Liège dans les années 1800.