L’ambition se heurte au réel

Le patron du Créahm remet les pendules à l’heure et évoque une ouverture au privé.

Boutsen Bruno
Café le Mad boulevard d'Avroy.
Café le Mad boulevard d'Avroy. ©Bruno Devoghel

Le patron du Créahm remet les pendules à l’heure et évoque une ouverture au privé.

À l’heure des "Métamorphoses" liégeoises, lesquelles ont été allégrement mises en valeur durant ces derniers jours, il est des opérateurs culturels pour qui les temps sont plus durs. C’est notamment le cas pour l’ASBL Créahm (Créativité et Handicap mental), fondée en 1979 par Luc Boulangé et (re) connue au niveau communautaire tant pour ses ateliers destinés aux artistes handicapés mentaux que pour son service d’accueil de jour pour adultes. Mais le Créahm, c’est aussi - et surtout diront certains… - le Mad café et le Mad musée, lesquels ont pris place depuis 2003 dans l’ancien bâtiment du Trink Hall sis dans le parc d’Avroy et qui fait l’objet d’un important projet de rénovation. Soit un endroit qui n’est plus que partiellement accessible, une partie des œuvres issues de la vaste collection internationale d’art brut étant exposée ailleurs depuis plusieurs mois (Théâtre de Liège…).

"Un trou budgétaire de 55 000 euros"

Récemment, la "Gazette" se faisait l’écho d’un malaise interne dû au fait que plusieurs membres du personnel du Mad musée aient reçu leur préavis. Parmi ces derniers, figurait son directeur Pierre Muylle que l’administrateur-délégué du Créahm Raymond Kenler a transféré de Bruges il y a huit ans. Pour ce dernier, interrogé par nos soins, il ne peut être question en l’espèce, et ce contrairement à ce qui était affirmé dans certains témoignages, de violence ni de brutalité. "Cela fait près de deux ans qu’il était urgent de remettre de l’ordre, sans quoi c’était la faillite", estime ainsi Raymond Kenler, lequel fait référence à "un trou budgétaire annuel de 55 000 euros" qu’il était devenu urgent de combler, du moins partiellement. "Avec une subvention annuelle de 70 000 euros, qui plus est en diminution, et une masse salariale correspondant à 60 % de ce montant, la situation n’était plus tenable", poursuit-il.

La question immobilière

Le patron du Créahm dit avoir le soutien du CA et de son président Jean-Pierre Hupkens (PS), par ailleurs échevin liégeois en charge de la Culture. Et concernant la décision de "diminuer ce qui nous coûtait le plus", il évoque un long processus visant à une réduction de la voilure du Créahm qui, selon Raymond Kenler, "a épongé les dettes du Mad musée durant des années". Pour ce dernier, lequel défend "une analyse financière inéluctable" dans le but de sauver l’institution culturelle, la question immobilière et la nécessité pour elle d’opérer des investissements en la matière sont également à prendre en compte en l’espèce.

Ainsi donc, tant le projet de rénovation du Mad musée que celui de déménagement du centre de jour sis quai Saint-Léonard dans un nouveau bâtiment ont rendu nécessaires des économies de fonctionnement. Une optique dans laquelle, toujours si l’on en croit Raymond Kenler, le désormais ex-directeur du Mad musée, affichant une ambition par essence coûteuse (achat d’œuvres, voyages à l’étranger…) ne se serait pas inscrit, ou en tout cas pas suffisamment. Avec deux autres personnes, il a donc reçu il y a peu son préavis qu’il aurait décidé de ne pas prester. Reste au patron du Créahm à se pencher sur la succession de Pierre Muylle tout en se tournant, ainsi qu’il nous l’apprend, vers des partenaires privés. En effet, d’ici fin mai, il doit être procédé au lancement d’une fondation privée destinée à activer des partenariats et autres sponsorings. Un signe des temps, sans nul doute…Bruno Boutsen