Rigo : les grues approchent

La Ville est autiste face à la mobilisation en faveur de l’hôtel néo-mosan.

Rigo : les grues approchent
Paul Vaute

La Ville est autiste face à la mobilisation en faveur de l’hôtel néo-mosan.

Il n’y a aucune bonne raison de détruire cette maison". Jean Sart, architecte retraité, nous le dit avec conviction. Il a travaillé ici au service de la Communauté française quand celle-ci était propriétaire des lieux. "L’immeuble peut être occupé tel quel. L’intérieur est parfait. Il est très énergivore, mais on a œuvré à l’isolation".

Près d’un mois après le permis de démolir octroyé par la Région wallonne à l’intercommunale Ecetia, propriétaire actuel agissant en factotum de la Ville de Liège, la mobilisation ne faiblit pas pour le sauvetage de l’hôtel néo-mosan construit il y a un siècle par l’architecte Lucien Bécasseau sur commande de l’homme d’affaires Léon Rigo.

"Daech est à Liège"

"Comme bien d’autres personnes, je suis choquée d’entendre dire sans cesse, qu’aussi bien l’intérieur que l’extérieur de cette maison serait du "faux vieux". Cette rumeur circule et Einstein, disait déjà : "Il est plus facile de détruire un atome qu’une rumeur"", dénonce la peintre plasticienne Françoise Gresse, montée au front comme beaucoup d’autres, dont l’acteur et cinéaste Bouli Lanners et le préhistorien Marcel Otte, professeur à l’Université de Liège (dans un écrit intitulé… "Daech est à Liège"). Le "faux vieux", c’est au Premier échevin Michel Firket (CDH), en charge notamment du Patrimoine, qu’on le doit.

"Le rachat de la maison par Ecetia a coûté 822 000 euros. Avec les frais de démolition, cela fera plus d’un million d’euros… pour réaliser une pelouse", renchérit le président du Vieux-Liège Joseph Delhaxhe. Le conseiller communal écolo Quentin le Bussy, historien de formation, voit dans cette manière de faire "le signal d’une société oublieuse d’elle-même et consumériste par nature, sinon par choix : casser pour rebâtir alors que l’existant a une valeur à la fois d’usage mais aussi de sens".

Fers de lance du combat, les associations Le Vieux-Liège et SOS Mémoire de Liège avaient déjà remis au bourgmestre de Liège une pétition de 4210 signatures. Elles ont annoncé, la semaine dernière, l’introduction devant le Conseil d’Etat d’une requête en annulation et d’une demande en suspension du permis d’urbanisme visant à raser l’hôtel. "Ce serait lourd de venir démolir avant qu’il y ait eu les plaidoiries, dit Madeleine Mairlot (SOS Mémoire). Mais s’il y a les grues, on agira en urgence".

Michel Firket ne répond pas

La Ville ne peut en tout cas plus se retrancher derrière l’absence de propositions de réaffectation. Aujourd’hui, elles pleuvent (touristiques, culturelles, commerciales…) Quant à l’argument de la rupture de style dans ce nouveau quartier… "Voyez New York, répond Joseph Delhaxhe. Des immeubles anciens y sont bien préservés entre les buildings. Evidemment, les architectes modernes préfèrent que leurs constructions seules soient visibles".

Toutes nos tentatives de faire réagir Michel Firket (GSM, message à son cabinet, mail…) sont demeurées vaines. Il n’est pourtant pas officiellement en congé. Manifestement, la question est sensible…