Liège: Des cimetières plus verts

C’est la réponse choisie par la Ville suite à l’interdiction des herbicides dès 2019.

Aude Quinet
LIEGE.CIMETIERE DE SAINTE WALBURGE ET SES ALLEES. Photo MARJORIE GOFFART
LIEGE.CIMETIERE DE SAINTE WALBURGE ET SES ALLEES. Photo MARJORIE GOFFART ©TONNEAU

En allant se recueillir sur la tombe de leurs proches disparus, certains se sont sans doute déjà étonnés de la prolifération de mauvaises herbes dans les cimetières, laissant penser à un laisser-aller dans ces lieux de la part des autorités. Et pourtant, il n’en est rien. Dès le 1er juin 2019, faisant suite à une directive européenne, le gouvernement wallon prévoit l’interdiction de l’utilisation de produits phytopharmaceutiques (pesticides) dans les espaces publics en Wallonie. Les parcs, bords de routes… devront dès lors être traités par des techniques alternatives comme le désherbage thermique ou un aménagement spécifique. Des mesures d’interdiction (y compris pour les particuliers et les agriculteurs) existent déjà depuis 2014 en ce qui concerne les surfaces imperméables reliées à un réseau de collecte des eaux pluviales (trottoirs, allées de garage) ou le long de points d’eau. L’objectif ? Prémunir l’environnement et les citoyens du danger que représentent les pesticides tels que le glyphosate. Afin d’anticiper cette mesure, de nombreuses communes wallonnes ont déjà opté pour des alternatives plus "vertes" et respectueuses de l’environnement et de la biodiversité, en ce compris dans les cimetières.

Développer la nature et de la biodiversité

À Liège notamment, la Ville a pris les devants en interdisant depuis juin 2015 l’usage des herbicides dans les 22 cimetières communaux liégeois représentant un total de 100 hectares et de 45 000 tombes. "Depuis 2015, nous n’utilisons plus aucun produit désherbant", explique l’échevine de l’État Civil en charge des cimetières Julie Fernandez Fernandez qui a opté pour la gestion différenciée des espaces. "Nous sommes dans une démarche de rendre les cimetières plus agréables et plus verts". Un travail d’embellissement et de verdurisation qui est réalisé par l’enherbement des allées (en lieu et place des graviers), la plantation de plantes vivaces et la mise en place d’une nouvelle signalétique. "On a aussi installé des nichoirs pour oiseaux, des hôtels à insectes… L’idée est de faire des cimetières des espaces nature en laissant un maximum de place au vert et en favorisant la biodiversité", ajoute l’échevine qui constate que jusqu’ici "l’enherbement fonctionne bien, ça prend forme". Cette transformation des cimetières en espaces verts est particulièrement visible dans les cimetières de Sainte-Walburge et de Robermont pour lesquels la Ville de Liège a introduit un dossier de reconnaissance en vue d’obtenir le label "Cimetière Nature" dans le cadre du Réseau Wallonie Nature.

Une phase transitoire

"Pour l’instant, nous sommes dans une phase transitoire où ce n’est pas encore très joli. Il faut le temps que la nature reprenne ses droits, précise Julie Fernandez Fernandez. Par ailleurs, on doit laisser pousser les mauvaises herbes pour faire du fauchage tardif". Autant d’herbes folles qui inquiètent les visiteurs non informés. "On a reçu des plaintes de citoyens pensant qu’il y a un manque d’entretien dans les cimetières. Or c’est tout l’inverse !" Actuellement, une cinquantaine de travailleurs (jardiniers et fossoyeurs) travaillent sur les différents sites. "Cette nouvelle gestion a demandé une réorganisation de leur travail".


À Seraing, on suit l’exemple de ce qui est fait à Liège

À Seraing comme dans d’autres communes, on a aussi voulu prendre les devants en matière d’entretien des cimetières. Depuis janvier 2016, l’échevine de l’État Civil Sabine Roberty (PS) a suivi son homologue liégeoise en supprimant toute utilisation d’herbicides dans les sept cimetières communaux. La volonté est aussi de transformer les cimetières en espaces verts respectueux de la biodiversité. "En 2015, il y a eu toute une réflexion intellectuelle, on s’est penché sur le problème" via "des formations, rencontres sur le terrain, lectures. Et à partir de janvier 2016, on a fait des essais sur le terrain", explique l’échevine. Utilisation de mélanges de vinaigre et eau, de bicarbonate, ou encore de désherbeur thermique, "on a tout essayé mais nous ne sommes pas satisfaits, poursuit-elle. Le bicarbonate n’est pas la solution car ça acidifie les sols et le désherbeur thermique, il faut rester suffisamment longtemps sur le plant pour qu’il brûle en surface mais le germe reprend". En avril dernier, la décision est alors prise d’enherber comme cela est fait dans les cimetières liégeois. "On a enherbé une allée dans le cimetière des Biens communaux. On a remis de la bonne terre et on a sélectionné des variétés d’herbe pour rendre cette herbe très compacte pour empêcher les mauvaises de pousser, précise-t-elle. Pour l’instant, ça fonctionne mais l’allée est jaune. On attend qu’elle ait passé toutes les saisons pour s’assurer que l’essai est concluant car c’est extrêmement cher. S’il l’est, on enherbera les allées suivantes. Le cimetière compte une centaine de kilomètres".

Dans les cimetières sérésiens, les herbes folles ont donc aussi fait leur entrée, ce qui fâche plus d’uns. "Les personnes qui voient une mauvaise herbe se disent que l’échevin n’a aucun respect pour les morts. J’ai eu plusieurs plaintes à ce sujet. Or, je suis obligée de travailler sans pesticides. Je suis obligée de prendre des décisions fortes même si ça ne plaît pas à tout le monde , justifie-t-elle. À chaque fois on a pris le temps de leur expliquer notre acharnement à développer une vision verte, la même que l’on applique déjà dans les rues et les parcs. Après, beaucoup comprennent notre choix. On a aussi installé des affiches à l’entrée des cimetières pour informer les citoyens". Et d’ajouter : "La mauvaise herbe dérange parce qu’elle traîne. Or, pour moi, il n’y a pas de mauvaise herbe. Si elle est là, c’est quelle a une utilité". Par ailleurs,"beaucoup de personnes oublient que la fosse commune que la Ville leur donne gratuitement pendant cinq ans, ils doivent l’entretenir. C’est pourtant là où l’herbe prend souvent plus vite". Enfin, la Ville, qui fonctionne principalement à l’huile de bras pour entretenir ses cimetières, pourrait renforcer ses effectifs en 2017. En 2016, 25 jeunes ont d’ailleurs travaillé à désherber les cimetières dans le cadre d’un job étudiant.