Paul Tasset, 70 ans de barreau et toujours au poste

Rencontre: Paul Vaute
Paul Tasset, 70 ans de barreau et toujours au poste
©Tonneau

Le 23 décembre 1946, Me Paul Tasset prêtait son serment d’avocat. Il n’est pas encore honoraire…Il a été volontaire de guerre, affecté à la 4è brigade d’infanterie en Irlande. Il a présidé aux destinées du Foyer des orphelins, rue de Joie, pendant quarante-cinq ans. Il est encore, et depuis septante ans, avocat, toujours inscrit à l’ordre, numéro un au tableau. A 93 ans, il doit être le doyen de la profession en Belgique. C’est peu dire que Me Paul Tasset aime son travail…

Défendre des inciviques

Certes, il en a malgré tout réduit quelque peu le rythme. "Je vais à des réunions de sociétés, nous dit-il. J’aurais bien voulu mourir au barreau, mais la mort n’a pas voulu de moi !" Il avait établi, au quai Marcellis à Liège, son cabinet qui reste dans la famille. Une fille vice-bâtonnier, un fils avocat et deux petites-filles également. Le propre père de celui qui se surnomme "l’increvable" s’était aussi engagé sur la voie de Thémis, devenant juge consulaire au tribunal de commerce tout en gérant l’entreprise de textiles de ses parents emportés par la pneumonie dans les premières années du XXè siècle. Et c’est devant son oncle Charles Goossens, président de la première chambre de la cour d’appel de Liège, que Paul Tasset prêta serment le 23 décembre 1946.

"J’étais resté jusque fin 45 en Irlande où on nous avait préparés à faire la guerre au Japon, se souvient-il. J’en avais assez. Une fois de retour, j’ai fait en un an mes deux derniers doctorats. J’avais 23 ans et on m’a aussitôt désigné pour défendre des inciviques. C’était une responsabilité énorme. J’en ai eu un qui risquait la peine de mort. Il s’en est tiré avec la perpétuité".

Un statut pour les représentants de commerce

Marié en 1951 par le père Dominique Pire, futur Prix Nobel de la paix, le jeune avocat s’est spécialisé dans le domaine du droit social. Il a ainsi participé à l’élaboration du statut des représentants de commerce et des agents commerciaux. Il a aussi connu des moments plus pénibles comme curateur de faillites. "Lors de la liquidation du concordat de la société Cuivre et Zinc, le conflit était très dur avec les syndicats qui bloquaient l’entrée de l’usine. Nous avons finalement obtenu que tout le monde soit payé et les créanciers aussi". Quelques affaires pénales, malgré tout, ont laissé des souvenirs parfois cocasses : "Je plaidais l’acquittement au bénéfice du doute pour une bonne femme qui était dans une bande. A la fin, le président a demandé aux accusés s’ils voulaient dire quelque chose. Quand son tour est venu, elle a déclaré : "Je regrette".

Droit social… mais aussi fibre sociale. De 1960 à 2005, le défenseur en justice a présidé le Foyer des orphelins, association centenaire cette année, fondée en 1917 à l’initiative notamment de Charles Magnette et de son père pour offrir une nouvelle famille aux enfants qui avaient perdu leurs parents dans la guerre. "Les éducateurs étaient appelés "oncles" et "tantes" et on élevait les deux sexes en même temps. Ils n’étaient pas habillés comme l’étaient les orphelins à l’époque".

Le regard de notre interlocuteur ne s’assombrit que quand on évoque l’actualité. "Nous sommes dans un pays formidable et certains veulent le démolir… Je n’ai jamais connu des choses comme Publifin. En Europe, on était arrivé à la paix, à vaincre les nationalismes. Et maintenant…"