Le saumon est de retour dans les eaux de la Meuse à Liège

Marc Bechet
Le saumon est de retour dans les eaux de la Meuse à Liège

Les comptages sont formels : 2017 sera une excellente année.

Le 26 juin dernier, Michaël Ovidio, professeur responsable du laboratoire de démographie des poissons et d’hydroécologie à l’Université de Liège, donnait une conférence à Remouchamps sur le thème "Le retour du saumon et l’écologie des poissons migrateurs en Ourthe-Vesdre-Amblève". Un exposé au cours duquel le spécialiste a annoncé "de très bonnes nouvelles". Selon les derniers comptages effectués sur la Meuse, 2017 devrait en effet être une année exceptionnelle pour le saumon et son retour dans le bassin mosan. Peut-être l’année charnière…

C’était il y a près d’un siècle, dans les années 30 : le saumon disparaissait peu à peu de nos rivières. "Ce poisson est toutefois resté emblématique", constate le professeur Ovidio, "par son cycle de vie, son caractère combatif, sa morphologie." Personne n’a dès lors perdu de vue un éventuel retour du saumon. Et, fin des années 80, la Région wallonne lançait l’ambitieux projet Saumon-Meuse 2000. La réintroduction du saumon atlantique passerait par la création de stations d’épuration, d’échelles à poissons et, bien sûr, par le déversement d’alvins.

En 2015, on dénombrait 56 saumons capturés au barrage de Lixhe. "Ce fut une bonne année. Mais il suffit d’un automne un peu sec…" En 2016, 30 saumons furent capturés. Et en 2017 ?

Les nouvelles sont donc particulièrement bonnes. Déjà, une vingtaine de saumons ont été capturés, à Lixhe mais aussi aux Grosses Battes.

Si ces barrières artificielles sont à l’origine du déclin du saumon dans le bassin mosan, des échelles à poissons y ont été réalisées et elles permettent aujourd’hui de réaliser les comptages nécessaires.

Une reproduction artificielle

Mais pourquoi les capturer ? "Car il n’y en a pas encore suffisamment pour avoir une population auto-reproductive", explique le professeur Ovidio qui sent que le courant est favorable. Est-ce pour cette année ? Il faudrait au moins 150 à 200 spécimens pour pouvoir laisser une partie remonter l’Ourthe plus en amont et continuer de renvoyer certains saumons à la salmoniculture d’Érezée où l’on pratique la reproduction artificielle.

La question est bien sûr : que se passera-t-il lorsque le barrage des Grosses Battes sera naturellement franchi ? Les conditions sont bonnes et le saumon aime les rivières impétueuses, oxygénées… typiques de nos Ardennes. Il recolonisera donc facilement nos rivières, la Vesdre, l’Ourthe, l’Amblève, jusqu’à la Salm qui lui doit son nom. Une remontée jusqu’à la cascade de Coo est en tout cas très probable d’ici peu. Ce n’est pas un hasard si un projet d’échelle à poissons y est en gestation. Ça coule de source.


Pourquoi avait-il disparu ?

Depuis sa naissance dans nos rivières jusqu’aux rives du Groenland, le saumon parcourt des distances folles avant de revenir inexorablement vers son lieu de naissance. Combatif, déterminé et infatigable, il remonte ainsi les courants sur des milliers de kilomètres dans un unique but : se reproduire; avant de mourir.

La pollution et les barrages en cause

La difficulté du parcours suffirait à expliquer son déclin sous nos latitudes mais il n’en est rien. La disparition du saumon dans nos rivières s’explique par la rencontre de plusieurs facteurs, dont la pollution (son retour est donc le témoin d’une meilleure qualité de l’eau de nos rivières).

D’aucuns le savent néanmoins, ce qui a sonné le glas du saumon, ce sont surtout ces imposants barrages créés sur la Meuse. "Il suffit d’un barrage mal placé", indique Michaël Ovidio, "et le saumon n’a plus accès à sa rivière"… qu’il reconnaît à l’odeur. "C’est ce qui s’est passé en Meuse et dans le bassin de l’Ourthe."

La solution ? Des échelles à poissons

À la fin du XIXe siècle, des milliers de spécimens étaient capturés dans la Meuse mais, au début des années 30, on n’observait déjà plus que quelques spécimens.

La solution fut logiquement l’installation d’échelles à poissons, en 1999 à Lixhe tout d’abord, et en 2008 au niveau du barrage des Grosses Battes… avec les effets qu’on connaît. Ce n’est qu’un début.