Liège: revaloriser les précarisées

LIEGE. LCOIFF UN SALON DE COIFFURE SOCIAL. Photo Michel Tonneau
LIEGE. LCOIFF UN SALON DE COIFFURE SOCIAL. Photo Michel Tonneau ©TONNEAU
Aude Quinet

Le salon de coiffure social L Coiff’ connaît un succès grandissant.

Allo, le salon L Coiff’, bonjour je peux vous renseigner ? Est-ce que vous savez ce que nous sommes… ?". Dans un petit bureau vitré au fond du salon, Jacqueline se charge de répondre aux nombreux coups de fils. Assistante sociale de formation aujourd’hui à la retraite, elle donne régulièrement de son temps pour aider l’ASBL gestionnaire éponyme. "On rappelle la caractéristique du salon, on fixe les rendez-vous, on accueille aussi les clientes, on voit si elles répondent aux conditions, on sert le café,… On fait tout pour que les dames qui franchissent la porte du salon se sentent bien", explique-t-elle. En tout, quinze bénévoles se relaient ainsi pour tenir le salon. "Nous sommes tous des pensionnés sensibles au social". Ce jour-là, Sabrina (27 ans) est occupée à coiffer deux clientes dans ce salon qu’elle juge "très familial. Ici, il y a toujours une bonne ambiance, que ce soit avec les bénévoles ou les clientes, on papote de choses et d’autres…", confie-t-elle. "Les clientes sont parfois des dames qui n’ont plus été chez le coiffeur depuis dix ans. Ça fait du bien de savoir qu’une simple coiffure ou une discussion peut leur remonter leur moral".

Inauguré en décembre 2014, le premier salon de coiffure social de Liège "L Coiff’" offre la possibilité aux femmes défavorisées de se faire coiffer à raison d’une fois par mois maximum pour un prix modique : 5 euros la coupe et le brushing et 15 euros avec coloration. "On demande tout de même cinq euros supplémentaires aux femmes ayant de longs cheveux", spécifie Réginald Orts, fondateur et administrateur de l’ASBL. "A chaque inscription, on demande une attestation prouvant les faibles revenus", ce afin de permettre à celles qui en ont vraiment besoin de bénéficier du service. "On accepte uniquement des femmes dans le besoin car elles souffrent plus de la précarité que les hommes. Une coupe est aussi plus onéreuse pour les femmes", souligne-t-il. "Ce sont souvent des mères de famille monoparentale, tous âges confondus". "L’idée est la valorisation de la femme. C’est important qu’elle se sente belle et bien dans sa peau car il n’y a rien à faire, on juge les gens sur l’apparence. C’est aussi important pour se présenter pour un entretien d’embauche", explicite encore le fondateur. "Quand elles arrivent, elles se sentent gênées. Mais quand elles sortent du salon, elles ressortent avec la tête un peu plus haute. Elles repartent plus fières et plus sûres d’elles". "L’autre jour, une dame a dit : ‘merci, vous ne pouvez pas savoir comme ça fait du bien de sortir dans la rue lorsqu’on est belle’. Ou une autre : ‘Coupez court, je reviens dans six mois’", raconte-t-il.

Déménagement récent

Aujourd’hui, le salon de coiffure social, qui engage deux équivalents temps plein, comptabilise 1 300 clientes. Le succès est tel et la demande grandissante que celui-ci, à l’étroit dans son ancien local de 18m2 situé en Feronstrée, a déménagé le 2 octobre dernier rue de Gueldre 5 dans le quartier Léopold dans un local plus spacieux de 55 m2. "Trois donateurs ont acheté le local et nous permettent de l’utiliser gratuitement pour 15 ans", précise Réginald Orts qui a bricolé avec d’autres bénévoles pour transformer l’ancien garage en salon de coiffure.

L’ASBL L Coiff’, qui ne reçoit pour l’heure aucun subside, compte sur les dons et activités qu’elle organise (pièces de théâtre…) pour assurer son fonctionnement. A noter que celle-ci est à la recherche de bénévoles et dons supplémentaires. "Nous avons comme projet futur de nous rendre dans des maisons de repos ou, avec un Mobilhome, d’aller dans des quartiers défavorisés", dévoile le fondateur. L’ASBL prévoit par ailleurs de se rendre prochainement à Lantin pour coiffer des détenues.Aude Quinet

Plus d’infos sur www.lcoiff.be.