"7 569 des 10 727 fermes ont disparu en province de Liège depuis 1980"

LIEGE. SAMUEL COGOLATI, SARAH SCHLITZ ET OLIVIER DE SCHUTTER, CANDIDATS ECOLOS AUX ELECTIONS REGIONALES. Photo Michel Tonneau
LIEGE. SAMUEL COGOLATI, SARAH SCHLITZ ET OLIVIER DE SCHUTTER, CANDIDATS ECOLOS AUX ELECTIONS REGIONALES. Photo Michel Tonneau ©TONNEAU

Interview Olivier de Schutter, Samuel Cogolati et Sarah Schlitz nous répondent...

Depuis le 21 mars dernier, Liège vit au rythme du festival "Nourrir Liège"… un événement pertinent en ces "temps" chahutés par les "dépressions" climatiques. Objectif affiché : informer et divertir autour de la transition alimentaire mais aussi "mobiliser pour pérenniser les initiatives d’alimentation saine et locale".

Pour "nourrir Liège" toutefois, il faut des producteurs… une denrée qui se fait de plus en plus rare en Belgique. Entouré de Sarah Schlitz, 1re effective sur la liste Écolo-Liège au fédéral et de Samuel Cogolati, 2e effectif, Olivier de Schutter, répond à nos questions. Troisième effectif à l’Europe, Olivier de Schutter est professeur de droit à l’Université catholique de Louvain et fut rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation.

On recommande l’agriculture locale mais le secteur a profondément évolué...

Samuel Cogolati : "De 1980 à 2017, la Belgique a perdu 68 % de ses exploitations. En province de Liège, il existait 10 727 exploitations agricoles en 1980, on n’en compte plus que 3 158 en 2017. C’est le triomphe du modèle agro-industriel… En parallèle, la superficie moyenne par exploitation a plus que doublé mais la main-d’oeuvre a été divisée par deux."

Comment en est-on arrivé à une telle situation ?

Olivier de Schutter : "Notre agriculture est victime du modèle productiviste. On n’a pas défendu les petites exploitations. L’essentiel des subventions est accordé à l’hectare, la terre est devenue source de revenus, plus on est gros, plus on perçoit."

Selon vous, ce modèle n’est pas viable, sanitairement, économiquement, socialement…

SC : "Les ambitions du marché sont rencontrées mais le revers de la médaille est moins flatteur, mécanisation de la production et donc augmentation des émissions de gaz à effet de serre. On estime que l’alimentation est responsable de 30 % des gaz à effet de serre."

Sarah Schlitz : "Sans parler de l’appauvrissement et la dégradation des sols par l’usage de produits phytosanitaires, l’explosion des maladies liées à la baisse de qualité de l’alimentation."

OdS : "Économiquement parlant qui plus est, le petit agriculteur n’est plus en mesure de négocier des prix rémunérateurs. La seule possibilité pour lui est de développer des filières de niche, plus chères. On en arrive alors à ce paradoxe, bien manger coûte plus cher."

Le politique a sa part de responsabilité…

OdS : "Oui car les incitants économiques ne sont pas alignés aux objectifs sanitaires. Des exemples positifs existent mais ils doivent être soutenus. En Europe, on n’a visiblement pas intégré le fait de relocaliser l’alimentation."

Quelle approche privilégier selon vous ?

SC et SS : "Écolo met trois mesures sur la table. Au niveau européen, il faut promouvoir une réforme de la politique agricole commune (PAC). Cette PAC doit bénéficier davantage aux pratiques agricoles durables. Au niveau fédéral, il faut promouvoir l’agriculture biologique par la mise en place d’une TVA dégressive et ramenée à 0 % pour tout produit non transformé ou certifié bio. Au niveau local, il faut développer et encourager les ceintures alimentaires et filières courtes de qualité."

Cela risque de coûter cher, non ?

SC : "Il faut tenir compte de tout ce que l’alimentation implique. On ne soupçonne pas le coût de la dépollution de l’eau ou le coût des soins liés aux maladies provoquées par notre système alimentaire actuel. Au final, le sain, le bio, ça peut coûter moins cher."

Les supermarchés ont-ils un rôle à jouer dans cette transition ?

SS : "Des efforts sont réalisés mais il faut faire attention à ce qu’on appelle le circuit court washing. Et ne pas négliger la pression mise sur le travailleur."

OdS : "Ils ont une réelle influence mais s’ils veulent rester crédibles, ils doivent assumer leur part de responsabilité, instaurer un rapport de confiance à l’image du commerce équitable et ne plus mettre en concurrence les producteurs pour obtenir le moins cher."

Et l’agriculteur ? Responsable ou victime ?

SS : "Ils sont seuls, ils n’ont plus de temps pour eux. Il ne s’agit pas de leur retirer le pain de la bouche mais plutôt d’aider à la transition, c’est pour cela qu’Écolo veut former des alliances."

Marc Bechet