Après le déluge, des milliers de vies à reconstruire : "De la tristesse, de la colère et de la résignation"

La décrue laisse place à des scènes de désolation en province de Liège. La solidarité s'organise mais les dégâts sont tels qu'il faudra plusieurs mois voire plusieurs années aux habitants pour retrouver une vie normale. Les sentiments des riverains rencontrés oscillent entre tristesse, dégoût et résignation.

Après le déluge, des milliers de vies à reconstruire : "De la tristesse, de la colère et de la résignation"
© Ennio C.

Maisons éventrées, voitures entassées les unes sur les autres, intérieur des maisons recouvert de boue et d'objets improbables... La rue des Weines, à Verviers, avait des allures de champ de bataille ce vendredi. Tous les riverains et commerçants, sans exception, se sont retroussé les manches pour déblayer les innombrables détritus qui jonchent les sols, caves et trottoirs. Un jour après les terribles inondations, l'heure est au constat. En longeant la rue, l'on aperçoit certaines façades qui vacillent, des portes de garage sont totalement arrachées, le revêtement de la route laisse place à un champ de boue.

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La Vesdre, qui longe cette artère d’habitude paisible, n'a laissé aucune chance aux habitants pris au piège. Les terribles inondations ont gonflé cette rivière qui a tout ravagé sur son passage, en s’engouffrant dans les foyers jusqu’à trois mètres de haut. La décrue a laissé place à une scène de désolation. Les habitations sont remplies de boue et les riverains ont tout perdu.

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"Vers 1h du matin, dans la nuit de mercredi à jeudi, nous avons été réveillés par un énorme craquement venant du jardin. La Vesdre venait de fracasser le mur porteur. L’eau s’est rapidement engouffrée dans notre habitation en immergeant tout le rez-de-chaussée. Nous étions dès lors bloqués au premier étage. On ne savait rien faire", explique Rudi, en train de déblayer la boue laissée par la rivière.

Même constat un peu plus loin, chez Lucas. Il est venu en urgence aider sa grand-mère en apprenant la situation dans laquelle elle se trouvait. "Au rez-de-chaussée, il n’y a plus rien. Toute une vie a été emportée par le déluge. Nous pouvons tout jeter : fauteuils, électroménagers, tout est condamné. L’eau s’est propagée à une vitesse inimaginable, le courant était si fort. On s’est retrouvé avec de l’eau au nombril jusqu’au-dessus de la tête en une heure de temps", se remémore le jeune homme. "On a été pris au piège et on a dû dormir ici. Désormais, nous devons tout nettoyer."

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Et les dégâts sont colossaux. La cuisine est sens dessus dessous, le plafond doit être refait et une odeur de moisissure empeste les lieux, désormais inhabitables. "Un pompier est arrivé pour sauver ma grand-mère de 89 ans et je lui suis éternellement reconnaissant. Les dégâts sont terribles mais heureusement, ce n’est que du matériel, et ma mamy est saine et sauve."

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Dans la commune de Tilff, aussi, les dégâts sont très importants. L’avenue Laboulle, principale artère de cette sympathique petite commune, a fait place à une imposante rivière, s’engouffrant toujours dans les caves lors de notre passage ce vendredi. "On a su sauver quelques vêtements en les mettant au premier étage mais le parquet est foutu, les caves sont remplies. On a une bénévole qui a gentiment proposé son aide et on tente de s’en sortir comme on peut", expliquent Bob et Jo, qui tiennent un magasin de vêtements. "J’ai connu un déluge il y a 30 ans mais rien de comparable à ce qu’on est en train de vivre."

La bénévole, c’est Françoise. “J’ai voulu venir donner un coup de main en voyant l’ampleur de la situation. Je viens de Ferrières et j’ai vécu pendant dix ans à Tilff. J’ai proposé mon aide à madame et j’ai dû beaucoup insister. Beaucoup de personnes refusent de l’aide, cela doit sans doute être de la pudeur”, sourit-elle, occupée à balayer le sol.

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“On va devoir mettre la clé sous le paillasson dès maintenant”

Antoine Champagne peut lui faire une croix sur son établissement, La Grignotte, une brasserie française dans le centre de Tilff. "Notre bail se terminait au mois de mars mais on va devoir mettre la clé sous le paillasson. Les dégâts sont trop nombreux. Nous avons eu un mètre 80 d'eau à l'intérieur du restaurant, la chambre froide lourde d'une tonne et demi et comptant notamment 200 kg de moules que nous venions de réceptionner, s'est retournée. Je ne sais même pas comment c'est possible. La friteuse, les taques de cuisson, le four, tout a berné dans l'eau pendant de longues heures et plus rien n'est utilisable", explique le trentenaire. "Mon sentiment est partagé entre le dégoût et la tristesse. On a déjà eu le Covid, j'ai un autre commerce à Neupré, et là les ennuis recommencent. De plus on va devoir remettre la maison aux normes et cela va nous prendre des années de travaux."

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© Ennio C.


Désormais, les riverains et commerçants comptent sur l’entraide et la solidarité pour retrouver un semblant de vie normale. Tous espèrent que les assurances pourront intervenir à hauteur des préjudices subis.