L'esprit de l'abbé Milou Gerratz, fondateur de la Maison heureuse et du Balloir, est toujours présent dans cette tour en bord de Meuse à Liège, dans ses extensions qui fleurissent de Ciney à Banneux et dans le coeur des 450 personnes qui y travaillent.

Déjà présent dans le conseil d'administration qui, à l'époque du fondateur, ne comportait que trois personnes, l'abbé Klinkenberg, ancien vicaire épiscopal chargé de la Pastorale -celle de la santé, du monde associatif, des jeunes, du caritatif- rappelle les quatre grands axes de la Maison heureuse et du Balloir.

`Il y a d'abord 15 Maisons d'aide et de protection à la jeunesse pour jeunes de 2 ans 1 / 2 à 18 ans; les jeunes en difficultés à partir de 12 ou 13 ans sont aussi accueillis, protégés pour eux et pour la société. Nous avons ensuite les jeunes mamans célibataires, parfois de 12 ou 13 ans, à Ans-Alleur, et deux pouponnières: une à Ans-Alleur, une autre à Ciney. Cette dernière était en faillite et nous l'avons rachetée. L'abbé ne savait jamais dire non, comme il dépannait toujours un prêtre qui avait besoin d'un coup de main.´

Il devait décéder à 71 ans, le coeur usé par le travail, les soucis, ses 100000 kilomètres par an effectués à la recherche d'argent, bref par son Balloir.

Ce projet intergénérationnel qui ravit aînés et plus jeunes, les rassemble, les unit dans des cours d'informatique où les jeunes sont rois, ou de wallon où les plus âgés manient encore bien la langue de Tchantchès, eux qui prennent le temps d'écouter les jeunes, de les accueillir.

Un lieu d'accueil pour tous

L'histoire commence voici près de 50 ans. Alors qu'il a sans doute fêté sa démobilisation, un jeune milicien sans point de chute sonne chez l'abbé Gerratz pour demander l'hébergement. `Va prendre ma place, mon lit est encore chaud´, lui dit-il. Le soir même, un ami du soldat frappe à la porte. Un soir, deux jeunes filles se présentent, mais l'abbé ne peut les accueillir sous son toit. Le lendemain il apprend qu'une des deux jeunes filles s'est jetée dans la Meuse.

Quelques mois plus tard surgit de terre une Maison d'accueil pour jeunes filles à Ans-Alleur.

Le Balloir, c'est une maison de repos agrandie de 25 lits depuis la mi-septembre, une passerelle tendue vers l'autre côté de la rue, une Maison de l'Enfant, un magasin de secondes mains où des mamans travaillent et bénéficient de l'aide de la crèche des Petits Poyons devenue une structure d'accueil d'urgence.

Regard précurseur

Plus loin dans le quartier, des petits appartements aident les jeunes dès 18 ans à faire les premiers pas dans la vie d'adulte, à portée de main de tout encadrement ou conseil. `L'abbé avait compris le premier, dit l'abbé Klinkenberg, que le temps des grands orphelinats était dépassé et qu'il fallait en venir à de petites structures. La Région wallonne lui a totalement donné raison et l'a suivi dans son raisonnement. Mais il voulait du beau pour les enfants, soulignant que la vie ne les avait déjà pas favorisés...´

Mais comment faire vivre la Maison heureuse dont la compétence et l'objet social sont l'accueil des enfants ? Elle aura 50 printemps dans deux ans et certaines infrastructures, comme le relève l'abbé Klinkenberg, atteignent un âge canonique.

`Quatre fois par an, précise-t-il, à Noël, à Pâques, aux grandes vacances et lors de la rentrée de septembre, un toutes-boîtes fait appel à nos 30000 donateurs. La Maison heureuse est connue bien au-delà du Pays de Liège, à Anvers, Bruxelles, Ostende. L'abbé, par exemple, se déplaçait toutes les semaines chez un coiffeur pour recevoir une pièce de 20 F. Parfois il en demandait une deuxième... Mais il se rendait également chez un professeur d'université, chez des hommes politiques, des patrons d'entreprises.´

La Maison heureuse asbl. Place Sainte-Barbe, 11. 4020 Liège.

© La Libre Belgique 2003