Gazette de Liége Chronique

Avant tout, il faut savoir que dans les prairies des bords de la Meuse visétoise, l’ansérine, une herbe dont raffolent les oies, poussait en abondance. D’où la présence de plusieurs troupeaux d’oies à cet endroit.

En 1374, le prince-évêque Jean d’Arkel refuse d’obéir à une sentence du Tribunal des XXII, un tribunal dont les sentences doivent être respectées même par l’évêque. C’est le conflit avec la population. Il est obligé de fuir et se réfugie à Maestricht. En mai 1376, l’évêque à la tête d’une troupe de mercenaires, vient assiéger Visé. Sur les remparts, les arbalétriers organisent une farouche résistance.

La population participe aussi à la défense. Une jeune gardeuse d’oie se retrouve dans la mêlée. D’un coup de son "picot de Haccourt", une pique avec laquelle elle mène ses oies, elle blesse mortellement le chef des assaillants. Elle lui arrache l’étendard du prince-évêque sous les acclamations des défenseurs. Démoralisés, les assaillants lèvent le siège. La gardeuse d’oie devient une héroïne visétoise.

L’autre histoire est moins romantique mais elle paraît tout aussi, sinon plus, plausible. En 1336, les hommes du duc de Gueldre envahissent Visé en pleine nuit et pillent la ville dans la plus grande indifférence des oies qui pourtant sont censées jouer les sentinelles. Les oies sont en effet de fantastiques "chiens de garde" (voir l’histoire des oies du capitole qui, grâce à leurs cris empêchèrent les troupes du chef gaulois Brennus de s’emparer de la ville de Rome).

Furieux que, cette nuit-là, aucune oie n’ait émis le moindre cacardement (oui, oui, une oie cacarde) qui aurait pu les sortir de leur sommeil, les Visétois massacrent tous les volatiles.

Pour ne pas laisser se perdre une telle quantité de nourriture, quelques Visétois imaginent une recette qui, en passant toute cette volaille à la casserole, allait permettre de la conserver un peu plus longtemps. "L’oie à l’instar de Visé" était née. La recette a été sensiblement améliorée depuis mais on peut aujourd’hui encore déguster "l’oie à l’instar de Visé". Une Confrérie de la Délicieuse oie du Gay Savoir en Bien Mangier a même été créée en 1987 pour maintenir et développer cette célèbre recette.