La direction d'ArcelorMittal a annoncé aux syndicats la fermeture de la phase à chaud à Liège, a annoncé le délégué syndical CSC David Camerini. Un conseil d'entreprise extraordinaire est prévu jeudi à 09h00 dans la région liégeoise. Il traitera du projet de réorganisation des activités d'ArcelorMittal, soit l'arrêt de la phase liquide.

Les syndicats ont évoqué la situation avec Joao Felix Da Silva, directeur général du pôle liégeois, et Geert van Poelvoorde, directeur de la Business Division Nord, mercredi soir dans la région liégeoise tandis que les ministres Marcourt, Demotte et Antoine ont rencontré la haute direction de l'entreprise mercredi à 17h30 à Namur.

"un cataclysme" pour le bassin sidérurgique liégeois

L'annonce par la direction d'ArcelorMittal de la fermeture définitive de la phase à chaud liégeoise est "un véritable cataclysme" pour le bassin sidérurgique, a déclaré mercredi soir le délégué syndical David Camerini (CSC). Au total, quelque 600 emplois directs seraient touchés, "auxquels il faut ajouter les centaines d'emplois qui gravitent autour", a précisé le responsable du syndicat chrétien.

"Nous allons nous battre pour garder une sidérurgie intégrée", a-t-il toutefois ajouté en dénonçant par ailleurs le "hold-up social" de la direction. "Après tous les efforts consentis par les travailleurs, ils méritaient mieux que cela".

Des assemblées d'informations vont être organisées dans les jours à venir et un plan d'actions sera mis sur pied par les syndicats, a encore indiqué David Camerini. Un conseil d'entreprise extraordinaire est par ailleurs programmé dès demain/jeudi matin à Liège.

Grandeur et décadence

A l'image de la sidérurgie dans son ensemble, l'histoire de la phase à chaud liégeoise - qui comprend notamment les deux hauts-fourneaux de Ougrée et Seraing ainsi que l'aciérie en coulée continue de Chertal - est ponctuée de périodes fastes, mais aussi de mutations et de crises profondes. Jusqu'à l'annonce confirmée de sa fermeture, mercredi soir, par la direction d'ArcelorMittal. Tout commence en 1817, alors que la Belgique n'existe pas encore. Cette année-là, l'Anglais John Cockerill fonde sa première usine à Seraing afin de produire lui-même l'acier dont il a besoin pour construire ses métiers à tisser.

Les décennies suivantes verront la sidérurgie se développer et vivre son âge d'or avant d'essuyer ses premiers revers, au début des années 80, quand la plupart des activités sidérurgiques liégeoises et carolorégiennes sont regroupées au sein d'une même société: Cockerill Sambre.

En 1998, la Région Wallonne, actionnaire majoritaire de Cockerill Sambre, cède la société et ses filiales au Groupe français Usinor. Début 2002, Usinor fusionne avec les Groupes Arbed et Aceralia pour former Arcelor.

Début 2003, ce dernier annonce ses orientations stratégiques, qui visent à concentrer les investissements importants nécessaires aux lignes à chaud sur les sites les plus performants, situés en bord de mer. Cette décision devait conduire à la fermeture d'un des deux hauts-fourneaux de Liège mi-2005, ainsi qu'à l'arrêt de la ligne à chaud en 2009. Le haut-fourneau 6 est finalement mis à l'arrêt en avril 2005.

L'année suivante, après le succès de l'OPA lancée par Mittal Steel sur Arcelor, le groupe ArcelorMittal est créé.

Début 2008, le géant de la sidérurgie annonce l'abandon du projet de fermeture de la ligne à chaud liégeoise et rouvre, en février, le haut-fourneau de Seraing. Mais la crise économique passe par là et la phase liquide est arrêtée en mai 2009 "afin d'adapter le dispositif de production d'ArcelorMittal en Europe au très faible niveau de demande". Le haut-fourneau serésien, lui, avait fermé en novembre 2008.

Quelques mois plus tard, en novembre 2009, le laminoir de Chertal est toutefois relancé et en avril 2010, c'est le haut-fourneau d'Ougrée qui reprend du service, représentant quelque 600 emplois directs pour le bassin sidérurgique.

Mais les tensions sociales se font vives, au point qu'en mars 2011, la direction du groupe, irritée par les actions syndicales à répétition, annonce le gel des investissements pour la phase liquide à Liège. Durant l'été, cette dernière est arrêtée, comme prévu, mais un nouveau coup de tonnerre retentit début août, quand la direction générale confirme son maintien à l'arrêt pour le quatrième trimestre 2011.