Interview Christian Beaupère, chef de corps de la police de Liège, évoque un "tsunami"…

Christian Beaupère, chef de corps de la police de Liège, est aujourd’hui à l’aube d’une retraite bien méritée, après vingt années passées à la tête de la police liégeoise… En deux décennies, dans une métropole animée telle que Liège, il a eu son lot de joies et de drames. Mais ce 29 mai 2018, lorsque deux de ses policières furent sauvagement tuées sur la voie publique, ce fut sans doute l’un des moments les plus éprouvants de sa carrière. Après ce jour, bien des choses ont d’ailleurs changé au sein de la police…

Deux ans déjà… Comment vous sentez-vous aujourd’hui en repensant à ce drame ?

C’est sans doute le plus laid moment de ma carrière. Bien sûr, des collègues, nous en avons perdu, mais la manière dont cela s’est passé fut très difficile à vivre. Cela a eu l’effet d’un véritable tsunami. Il a fallu gérer en interne et puis il a fallu retravailler.

Un travail qui a d’ailleurs été "adapté"…

Oui, des changements ont eu lieu très clairement. Nous nous sommes notamment concentrés sur la vigilance et nous avons renforcé les moyens techniques. Les agents attaqués faisaient partie du service Horodateur. Aujourd’hui, cela n’existe plus car ce fut remplacé par la scan car. Cette décision a été prise dans la foulée du drame. D’autres faits ont aussi favorisé cette vigilance accrue, Amaury Delrez à Spa, Maxime Pans, les émeutes du Nouvel An…

Ce lundi encore, le réseau de caméras a été augmenté, et puis il y a ces bodycams…

Nous en avons aujourd’hui 185 sur le territoire. Cela n’a l’air de rien mais c’est un outil de sécurisation, chaque caméra pouvant balayer quatre rues en moyenne. Presque tout l’hypercentre est balisé. Et les bodycams sont donc aussi une nouveauté. Cet outil-là découle aussi de ce triste mouvement de critiques, voire d’agressions, de la police. Grâce à ces caméras, nous pratiquons une police démocratique, transparente. Et c’est aussi un outil qui permet de former, d’améliorer, voire d’intervenir, de manière plus pertinente.

Ce n’est pas la seule nouveauté…

En effet, les tasers et les bombes lacrymogènes sont d’autres outils qui permettent aujourd’hui de protéger le policer et d’éloigner le danger, sans recourir à des affrontements dangereux.

Humainement parlant, le travail a-t-il aussi subi des évolutions ?

Les heures de formation dispensées ont augmenté. Au centre de contrôle aussi la vigilance a été accrue. Par exemple, lorsque nous pratiquons un contrôle de plaque, nous vérifions désormais de manière systématique les antécédents, avant l’intervention. Ce centre de contrôle fonctionne avec 36 policiers - 5 étant présents en permanence - 24 h sur 24 et 7 jours sur 7.

Ce drame a-t-il eu aussi un impact sur le recrutement, qui était déjà difficile ?

On estime que la baisse a été de 30 % mais il y a encore suffisamment de candidats dans les écoles, c’est rassurant. Bien sûr, avec ce qui se passe dans les grandes villes, cela fait réfléchir les jeunes. Il y a quelques jours, nous venons de valider l’accueil de 50 nouvelles recrues, ce qui porte nos effectifs à 1 035.

En 2020, de quoi la police de Liège a-t-elle le plus besoin ?

Je suis parfois étonné de ce sentiment anti-flics. On place la police dans un tiroir, on la sort quand on en a besoin mais il ne faut pas qu’elle nous embête. Ce que je voudrais, c’est faire prendre conscience aux gens que les règlements ne sont pas là pour les emmerder.Marc Bechet