prostitution

L

e projet de création d’un Eros Center - ou plutôt un Isatis Center, du nom de l’ASBL fondée pour gérer le projet - rue Varin à Liège n’est pas prêt de voir le jour. La vice-présidente d’Isatis, la conseillère communale et députée européenne Véronique De Keyser (PS), a en effet démissionné de son poste. Et l’on évoque de nombreuses tensions persistantes entre les membres d’Isatis. Les conseillers communaux Ecolo accusent le bourgmestre de "laisser pourrir le dossier".

Petit retour en arrière. En 2009, la Ville de Liège fait fermer les 51 salons de prostitution du quartier Cathédrale-Nord et le bourgmestre s’engage à trouver une solution pour ces femmes délogées de leur lieu de travail. L’idée de rassembler 150 prostitués (femmes, hommes ou transsexuels) dans un lieu propre, sécurisé et géré par l’ASBL Isatis (qui comprend des mandataires politiques siégeant à titre privé, des représentants du monde judiciaire et associatif) fait son chemin.

On trouve un terrain, un financement mais ce dossier explosif tarde à prendre corps. Explosif car il soulève des questions morales : banaliserait-il et renforcerait-il la prostitution ? Certaines formations ne se prononcent pas ouvertement sur la création du Centre mais semblent contre (le CDH, d’où la difficulté pour Willy Demeyer d’obtenir une décision de collège). Et au sein des partis de gauche, on se déchire, entre pragmatiques et abolitionnistes de la prostitution.

Début mars, Véronique De Keyser qui appartient à cette dernière catégorie, annonçait sa démission de l’ASBL. "Le combat d’Isatis est respectable mais je n’en partage pas les fondamentaux", disait-elle. Ce départ fracassant témoigne du malaise qui règne autour du dossier depuis des années.

Le 25 mars, le conseiller Ecolo Guy Krettels interpellait le bourgmestre. "En septembre, vous avez annoncé que le débat sur le sujet serait lancé dès l’installation du nouveau collège. Six mois plus tard, la promesse n’est pas tenue, loin de là." Willy Demeyer a répondu que le dossier serait débattu en juin ou en septembre, après l’adoption du budget de la Ville. "J’accuse le bourgmestre de ne pas avoir géré le dossier et de ne pas avoir anticipé le débat moral aigu qui en découle. Il adopte une stratégie délibérée de pourrissement", lance la cheffe de groupe Ecolo Bénédicte Heindrichs.

Afin de débloquer la situation, Guy Krettels veut proposer au conseil communal de voter au plus vite l’inscription d’un euro symbolique au budget de la Ville pour lancer Isatis. Reste à signaler que la création de ce centre pour les prostituées liégeoises ne figure pas au Projet de ville 2012-2022. Un signe de plus que le projet est définitivement enterré ?