Une espèce en voie de disparition" : c’est ainsi que Christine Defraigne se définissait dans la "Gazette" au lendemain des élections communales de 2012. Un scrutin local à l’occasion duquel son parti, le MR, n’avait pas véritablement performé à Liège-Ville où elle tirait la liste, et ce contrairement au reste de la province. De quoi mettre en difficulté cette pasionaria libérale, fille du ministre d’Etat Jean Defraigne et avocate de formation, qui fut à l’époque sous le feu des critiques. Mais il en fallait visiblement plus pour déstabiliser celle qui est aussi, depuis le départ de Didier Reynders en terres bruxelloises, cheffe de groupe au Conseil communal de Liège. En effet, pour la seconde fois consécutive, Christine Defraigne emmènera les troupes libérales pour le scrutin régional. Derrière elle, figure un autre poids lourd du MR liégeois, à savoir le député-bourgmestre d’Aywaille Philippe Dodrimont. Si son enthousiasme reste intact, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’une élection capitale pour l’avenir de celle qui siège au Parlement wallon depuis le scrutin de 1999.

Quelles sont vos ambitions en termes de sièges en vue des élections du 25 mai ?

L’objectif est clairement de renouer avec la période d’avant les élections de 2004 où le MR avait quatre sièges au Parlement wallon. En 2004 et en 2009, nous avons obtenu trois sièges dont le mien. Les autres députés sortants sont Philippe Dodrimont et Marcel Neven et ils figurent encore sur notre liste régionale.

En évoquant votre liste électorale, elle compte un attrape-voix en la personne de l’ancien footballeur Benoît Thans…

Il ne s’agit pas d’un attrape-voix. Sa femme est conseillère communale à Chaudfontaine et elle est en charge de l’ASBL sportive de la commune. Benoît est un homme intelligent, compétent et il a été consultant en matière sportive. Il se situe dans le cœur de cible du MR en portant les valeurs du sport et de l’éducation. Je pense pour ma part qu’il est important que des personnes issues de la société civile soient présentes sur les listes. Et ça l’est encore plus à l’heure d’un certain désenchantement des citoyens à l’égard du monde politique qui n’est pas la cause de tous les maux.

Quel est le bilan que vous faites de votre activité parlementaire, vous qui êtes aussi sénatrice de communauté. Et quid de l’avenir de cette dernière fonction ?

Je suis convaincue que le Parlement wallon sera le centre de gravité des futures compétences car beaucoup de matières vont être transférées à la Région. Il est aussi de plus en plus sous la loupe des médias, ce qui est une bonne chose. Mon travail en tant que députée a porté essentiellement sur les matières économiques dont celles ayant trait à la reconversion du bassin liégeois. Je suis également concernée au premier chef par les grands projets d’infrastructures tels que le tram, le Trilogiport ou encore le développement de Liège Airport. Il est vrai que je suis aussi depuis 2004 sénatrice de communauté et qu’à ce titre, je siège dans trois assemblées différentes. Cela permet d’avoir une vision transversale des dossiers mais ça demande d’être partout. Il est vrai que la réforme du Sénat aura pour conséquence d’amenuiser fortement ses compétences, notamment en matière de droit d’initiative.

Comment jugez-vous la manière dont la crise sidérurgique a été gérée ?

Je constate que le gouvernement a laissé un espoir pendant longtemps. Les mesures annoncées limitent la casse socialement parlant mais cela laisse un goût d’inachevé. Plusieurs questions se posent encore en matière d’entretien des sites, de sécurité… Il faut également veiller à ce que Mittal dépollue les sites mais comment croire qu’il va respecter ses engagements ? Il y a aussi une inquiétude en ce qui concerne la reprise de la cokerie d’Ougrée par Oxbow Mining. Pour ce qui est de la phase à froid, on peut s’interroger sur la participation financière de la Région. Il n’y a pas assez de certitudes et il faut que le ministre Marcourt tienne un langage de vérité.

En parlant de ce dernier, soit l’artisan des plans Marshall wallons successifs, quel est le bilan que vous tirez de son action en matière de redéploiement économique ?

Ce qui est clair, c’est que le dossier sidérurgique ne doit pas tout occulter. La dynamique des pôles de compétitivité engagée depuis 2004 est plutôt bonne. Certes, les résultats ne sont pas aussi positifs que prévu mais nous pensons qu’il faut accentuer la démarche. Ce qui est nécessaire également, c’est de mettre fin à la pléthore d’outils économiques en tous genres. Il y a encore beaucoup de travail afin de rationaliser le paysage wallon qui est vraiment trop confus. En outre, le climat social wallon n’est pas favorable et je ne citerai que l’exemple des Tec. Il faut favoriser l’environnement économique et relancer la croissance. Une révolution fiscale est donc nécessaire ainsi que la création de davantage d’emplois privés car ce sont eux qui financent les emplois publics. Au sujet du plan Marshall, je dirai encore que le grand oublié est l’enseignement. Le MR plaide pour un renforcement des liens avec le monde des entreprises. Il faut sortir de la gestion pusillanime qui fut celle du CDH en la matière.

Vous avez suivi de près l’évolution des grands projets liégeois. Par quoi le salut de notre région passera-t-il selon vous ?

La métropole liégeoise doit rayonner par la combinaison d’emplois hautement qualifiés et d’autres peu qualifiés. Il faut aller plus loin dans l’activation des travailleurs et réindustrialiser la Wallonie qui doit rester une terre d’investissements. En région liégeoise, le secteur de la logistique reste incontestablement porteur. Le Trilogiport est donc essentiel mais il faut veiller à rétablir le dialogue avec les riverains. A cet égard, pourquoi donc ne pas s’inspirer de ce qui a été fait en son temps à Liège Airport ? Quant à notre aéroport, il n’est pas encore suffisamment connu ni assez pris en compte dans le cadre du Sder wallon.

Sder, CODT, etc. : l’aménagement du territoire fut au centre des préoccupations durant cette législature wallonne…

Je pense qu’en la matière, Liège ne s’est pas suffisamment concertée avec Verviers, Huy… Ces matières ont été gérées par Ecolo dont le principal manquement consiste à ne pas avoir fait avancer le Plan urbain de mobilité. Comment le père de ce dernier, à savoir M. Daras, peut-il soutenir la liste du fossoyeur du Pum qui n’est autre que le ministre Henry ? Il s’agit d’une situation pour le moins paradoxale voire schizophrénique… Au sujet du tram, le dossier avance mais de gros retards sont à prévoir et ce n’est pas le tram que nous voulions.

Quelle est votre analyse de la manière dont se construit actuellement la supracommunalité en terres liégeoises ?

Je suis consciente de l’existence d’une sorte de laboratoire liégeois. Ce qui est nécessaire, c’est d’éviter de créer un machin supplémentaire. Il faut aussi donner un contenu concret à la supracommunalité. Le rôle de centralité joué par Liège en la matière est évident mais cela peut également aller dans l’autre sens. Il faut réfléchir la supracommunalité en matière d’aménagement du territoire, de mobilité… Les exemples du tram, du PAB ou des lieux de prostitution ne vont pas dans le bon sens. Elle ne doit surtout pas être un lieu de rapport de forces. Le MR est prêt à discuter d’une reconnaissance décrétale. Pour ma part, je suis d’ailleurs prête à discuter de tout tant que l’on renforce le rôle de Liège.

Une "espèce en voie de disparition" plutôt coriace et pro-Michel

Portrait On ne peut enlever à notre interviewée du jour une certaine forme de lucidité mais aussi de pugnacité. En effet, se sentant quelque peu isolée au sein du MR liégeois à l’issue des élections communales de 2012, celle qui avait mené les troupes libérales à la Ville s’était qualifiée d’"espèce en voie de disparition". Près de deux ans plus tard et alors même que son parti l’a confirmé comme tête de liste liégeoise à la Région, Christine Defraigne fait plutôt figure de rescapée. "Les espèces en voie de disparition, il faut les protéger", rigole-t-elle d’ailleurs, elle qui est tombée dans la marmite politique - libérale - dès son plus jeune âge. Fille du ministre d’Etat Jean Defraigne et avocate de formation, elle est élue pour la première fois au Conseil communal de Liège en 1988, la même année que l’actuel bourgmestre Willy Demeyer. Présente sur la liste régionale du MR dès 1999, elle n’a plus quitté l’hémicycle namurois depuis lors, si ce n’est pour assumer sa fonction de sénatrice de communauté depuis 2004. Sur le plan local, elle a vécu plusieurs années dans l’ombre de Didier Reynders, lequel a émigré depuis deux ans en terres bruxelloises. Elle a d’ailleurs été en conflit ouvert avec ce dernier durant la guerre de succession à la présidence du parti qui l’a opposé à Charles Michel. Un homme avec lequel elle se dit en phase et à qui elle doit son salut en terres liégeoises.